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Bérangère Vantusso, L’art est avant tout une expérience que l’on partage

par Dominique Darzacq

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. A la tête du Studio-Théâtre de Vitry qu’elle dirige depuis 2017, Bérangère Vantusso, haute figure de la marionnette, a créé sa compagnie Trois Six Trente en 1999 avec laquelle elle fomente des spectacles où s’abolissent les frontières entre théâtre, marionnette, arts plastique, musique, voire même la chorégraphie comme avec Alors Carcasse sa dernière création qui fit le buzz au festival mondial de la marionnette de Charleville et que l’on peut voir actuellement en tournée.

Alors Carcasse de Mariette Navarro (prix Walser 2012) est l’étrange et troublante épopée intérieure d’un être mystérieux et indéfini, tragique autant que burlesque dont on ne sait rien sinon qu’il se tient là, au bord de son époque, bloqué sur le seuil et comme partagé entre le désir de le franchir et l’ impossibilité de le faire, à moins que ce ne soit le refus d’obtempérer à toutes injonctions. Autour de lui "au beau milieu de leur époque Plusieurs sont là aussi" et que l’immobilité obstinée de Carcasse inquiète et dérange. « ….Et tout de Carcasse pourrait être balayé par d’autres forces et par les brusqueries du temps si Carcasse ne prenait pas si bien garde à la posture. »
« Créer une œuvre c’est créer un monde » disait Kandinsky. Si de celui imaginé par Mariette Navarro fusent quelques accents beckettiens, Carcasse n’en a pas moins une forte parenté avec le Monsieur Plume de Michaux aux prises avec le monde, les autres, l’époque, « comme lui, il voudrait être contre mais il doit faire avec » remarque Bérangère Vantusso qui avoue être « fascinée par les anti-héros et ceux qui n’ont pas la parole » thème autour duquel elle rôde de spectacle en spectacle. Celui-là, Carcasse, a la particularité d’être indéfini et par là même impossible à incarner. Alors elle fait,- de toute façon c’est sa pratique-, pour le public comme pour elle, « Ce que j’aime au théâtre c’est que ce soit ouvert et que je puisse y entrer avec mon imaginaire ». En scène donc, pas de marionnette mais cinq comédiens et comédiennes marionnettistes et un peu clowns qui, munis des tiges de bois comme celles qui servent à animer les marionnettes, font ,défont et refont Carcasse. Magnifiques passeurs de mondes, ils ouvrent des espaces, suggèrent des paysages et des territoires intérieurs et nous plongent en une incroyable polyphonie d’images furtives au cœur même de l’humanité qui palpite dans le texte Mariette Navarro. Y sourd non sans humour la question de l’acceptation de l’autre et la difficulté de se construire en échappant aux injonctions du monde.

Avec ce spectacle Bérangère Vantusso prend délibérément le contre-pied esthétique de ses créations précédentes lesquelles de Kant de Jon Fosse à L’institut Benjamenta de Robert Walser en passant par Les Aveugles de Maeterlinck ou encore Le Rêve d’Anna d’Eddy Pallaro ont contribué à sa renommée. « Je pense, avoir fait le tour de la marionnette hyperréaliste. Je la vois maintenant fleurir sur bien des scènes et on me sollicite d’en faire. Alors je me dis qu’il faut aller chercher ailleurs » explique la marionnettiste pour qui la recherche est le carburant de ses créations.

Comédienne formée au Centre Dramatique national de Nancy, c’est à Paris, alors qu’elle étudiait à la Sorbonne nouvelle que Bérangère Vantusso découvre la marionnette avec François Lazaro qui y animait un atelier, une découverte qui lui permettra de répondre à ses interrogations sur l’incarnation au théâtre. En scène doit-on être le personnage ou son porte-parole ? Elle devient marionnettiste, travaillera avec François Lazaro, Emilie Valentin, Michel Laubu, et Sylvie Baillon avant de fonder sa propre compagnie Trois Six Trente (trois personnes, six mains et trente doigts pour animer les marionnettes) et inscrit son travail sous le signe des écritures contemporaines et du renouvellement des formes.
En 2015, lauréate du programme Hors les murs de L’Institut français elle part au Japon, « pour en savoir un peu plus sur le Bunraku », un art dont il lui semble qu’elle s’inspire et pendant tout un mois regarde travailler Shanjuro Kiritaké un des maîtres de cet art. Un travail qui requiert d’autant plus son attention que les comédiens marionnettistes répètent sans les marionnettes, « ils font juste les gestes dessinant ainsi dans l’espace d’étranges et fascinantes chorégraphies, j’ai pu voir ainsi des pièces entières de marionnettes sans marionnette » explique amusée Bérangère Vantusso qui, dit-elle, aimerait assez faire un travail de marionnettes sans marionnette. Un désir dont, semble-t-il, elle ébauche l’aveu avec Alors Carcasse .

Convaincue que « partager les processus de création est une manière d’affirmer que l’art est une expérience que l’on partage et non un produit que l’on consomme » elle a fait du Studio-théâtre de Vitry qu’elle dirige, un espace convivial de création, de recherche et de partage. Y sont accueillis en résidence de création ou de recherche des artistes de toutes disciplines. Les pièces créées font l’objet de présentations publiques. Les traces du travail de création comme de recherche (images, vidéos, extraits sonores, textes) sont éditées dans les « Cahiers du Studio » une plateforme numérique expérimentale. Comme il ne s’agit pas seulement d’échanger et partager entre artistes mais aussi avec le public, le Studio a mis en place des ateliers libres animés par des intervenants liés au projet du Studio et des stages de théâtre amateur. « Lieu atypique qui depuis sa création en 1966 par Jacques Lassalle, a toujours su préserver son esprit d’aventure, le Studio n’est pas un lieu de diffusion mais de création, une manière de laboratoire qui offre du temps, où les artistes peuvent venir y travailler sans objectif de création mais pour s’interroger sur leur pratique, inventer d’autres manières de mettre en branle l’imaginaire du spectateur. C’est un des rares lieux qui le fasse et je constate que ça fait du bien aux artistes de se poser les questions du pourquoi et du comment » explique la directrice qui est aussi artiste associée au Théâtre de Sartrouville et si vous vous en étonnez, la créatrice qu’elle est vous répondra qu’il s’agit là encore de partage. Pour Bérangère Vantusso en effet, « être artiste associée à un lieu c’est écrire un bout de son histoire, nouer des liens avec le territoire et avec le public ce que ne permet pas les tournées ». La marionnettiste qui dans le cadre de la Biennale Odyssée a créé au Théâtre de Sartrouville Longueurs d’Ondes y présente ces jours-ci Alors carcasse spectacle de fort titrage poétique et subtilement politique.

Alors Carcasse Texte de Mariette Navarro, mise en scène Bérangère Vantusso, avec : Boris Alestchenkoff, Guillaume Gilliet, Christophe Hanon, Fany Mary (en alternance), Sophie Rodrigues, Stéphanie Pasquet.

Théâtre de Sartrouville 27-29 novembre
Puis : décembre : 5-6 Reims (Le Manège), Février : 4-6 Thionville (NEST), 12-14 Strasbourg (TJP), Mars : Clamart ( Théâtre Jean Arp dans le cadre de MARTO) 12-16 ( Ivry Manufacture)

Photos : 1© DR, 2 « Alors Carcasse » ©Ivan Boccara

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