Paris - Théâtre des Champs Elysées - jusqu’au 18 octobre 2008

Armide de Jean-Baptiste Lully et Philippe Quinault

Quand Versailles vous est conté

Armide de Jean-Baptiste Lully et Philippe Quinault

Une photo du château de Versailles et de son parc trône sur un écran géant avec cette promesse : « la prochaine visite aura lieu à l9h30 ». Le ton donné. La nouvelle production de Armide, le dernier opéra de Jean-Baptiste Lully sera une invitation touristique. Une idée du metteur en scène canadien Robert Carsen soutenue par les instrumentistes des Arts Florissants et de leur chef William Christie

C’est le troisième opéra de Lully présenté à Paris depuis le début de l’année 2008. Après Cadmus et Hermione son premier opus éclairé à la bougie comme au temps du Roi Soleil à l’Opéra Comique, après un Thésée façon musée au Théâtre des Champs Elysées (voir webthea des 25 janvier et 24 février 2008), ce même T.C.E met à l’affiche l’ultime chef d’œuvre du compositeur et de son librettiste- poète Philippe Quinault, une tragédie inspirée par La Jérusalem délivrée de Le Tasse. Servie cette fois par l’homme qui fit redécouvrir Lully il y a 21 ans, ce William Christie dont l’interprétation de Atys, mise en scène par Jean-Marie Villégier, est entrée dans les annales des références.

Dépoussiérage visuel, parfaite adéquation sonore

Cette fois plus de perruques poudrées ni de robes grand siècle, mais une suite de décalages comico-poétiques, entre gags et émotions, une démarche familière de Robert Carsen et qui lui réussit plutôt bien. Dépoussiérage visuel donc mais parfaite adéquation sonore, car Christie suit à la lettre et à la note la partition originale du surintendant de la musique de la cour de Louis XIV, tout en faisant siennes, en bonne complicité, les facéties du metteur en scène. Ses Arts Florissants reconstituent au mieux l’effectif de l’orchestre lullyste d’origine ou du moins ce que l’on croit qu’il fut, avec notamment ses cinq différentes gammes de violons, dessus, haute-contre, taille, quinte et basse de violon, un véritable luxe d’instruments rares. Auxquels s’ajoutent les indispensables théorbes, viole de gambe, clavecin et orgue du continuo, les vents, les bois et une énergique percussion. Autant dire que le son est le premier enchanteur de ce conte tragique où la magie, l’amour et la gloire se font une guerre sans merci.

Gestique baroque et modernité apprivoisée

Rien ni personne ne résiste à la magicienne Armide qui collectionne les victoires militaires et les cœurs brisés. A l’exception de Renaud l’indomptable qui a même le culot de libérer ses prisonniers. Elle se met aux enchères et promet d’épouser celui qui vaincra l’insolent. Comme personne n’y arrive elle décide de lui tendre elle-même un piège. Mal lui prend : au premier regard elle tombe sous le charme de l’homme qu’elle voudrait abattre et la voilà amoureuse à en perdre la tête, le bons sens et tout le reste… Renaud se laisse faire mais sans perdre le nord… Armide tente en vain de lui échapper en invoquant la haine et ses démons…

Le chorégraphe Jean-Claude Gallotta a filmé ses danseurs dans la galerie des glaces, les salons et la chambre du roi. En jeans, baskets et sacs à dos, ils évoluent dans des ballets joyeux qui empruntent des poses à la gestique baroque et les propulsent vers une forme de modernité apprivoisée. Ainsi tout le prologue est décliné par ciné interposé dans les ors et velours du palais auxquels se substituent dès le premier acte les gris perlés et les transparences symboliques si chères à Carsen. Les costumes obéissent à la même logique où les nuances argentées sont éclaboussées du rouge sang de la robe d’Armide et de l’écarlate des tapis de roses qui accueillent l’érotisme des ébats amoureux. Des visions d’esthètes efficaces qui illustrent façon BD sans rien apporter de neuf.

En Armide énamourée, la mezzo soprano Stéphanie d’Oustrac compense l’absence de projection de ses aigus par une présence enflammée et un jeu de tragédienne. Pour Renaud, Paul Agnew, toujours élégant, juste et si parfaitement rodé dans ce répertoire s’est offert un petit trou de mémoire le soir de la première. Laurent Naouri campe avec humour la Haine invoquée par la magicienne en détresse… L’ensemble de la distribution se distingue par une diction parfaitement maîtrisée.

Armide de Jean-Baptiste Lully, livret de Philippe Quinault. Orchestre et chœur Les Arts Florissants, direction William Christie, mise en scène Robert Carsen, chorégraphie Jean-Claude Gallotta, décors et costumes Gideon Davey , lumières Robert Carsen & Peter Van Praet. Avec Stéphanie d’Oustrac, Paul Agnew, Laurent Naouri, Claire Debono, Isabelle Druet, Nathan Berg, Marc Mauillon, Marc Callahan, Andrew Tortise, Anders J. Dahlin.

Théâtre des Champs Elysées, les 8,10,14,16 & 18 octobre à 19h30, le 12 à 17h

01 49 52 50 50 – www.theatrechampselysees.fr

crédit photos : Armide © Alvaro Yañ

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

Voir la fiche complète de l'auteur

Laisser un message

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

S'inscrire à notre lettre d'information
Commentaires récents
Articles récents
Facebook