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Critiques / Opéra & Classique

Ariane à Naxos de Richard Strauss

par Caroline Alexander

Avec des superbes voix de femmes, la reprise d’un succès qui tient – presque – toutes ses promesses

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Il y a six ans lors de la première reprise de cette production d’Ariane à Naxos née au Palais Garnier en 2003 autour des fantaisies de Laurent Pelly, dans la fosse de l’Opéra Bastille, un jeune chef faisait ses débuts à la tête de l’Orchestre de l’Opéra National de Paris. Philippe Jordan, 30 ans alors – « calme, précis et lyrique » :voir webthea du 3 novembre 2004 – ne se doutait pas sans doute qu’il deviendrait, cinq ans plus tard, le directeur musical de la maison. Où ses qualités se confirment d’œuvre en œuvre.

Toujours en grand pro juvénile, il reprend la direction de ce chef d’œuvre inclassable que Strauss et son librettiste-poète Hugo von Hofmannsthal, envoyait tanguer entre opéra seria et opéra bouffe, tragédie lyrique et bouffonneries à la sauce commedia dell’arte. A la tête de cet orchestre dont il a fait la conquête, Jordan en conserve le mélange de rigueur et de délicatesse, les tempêtes dans les crânes, les soupirs d’amour déçus et ceux des passions retrouvées, sans oublier la malice des ruptures nées des imbroglios de l’histoire.

Le monde de l’opéra, ses auteurs, ses divas, ses commanditaires

On retrouve inchangé le décor de Chantal Thomas avec ses escaliers, ses palissades de béton et ses mobiliers mobiles qui déterminent les espaces du dehors et du dedans du riche mécène qui a décidé de s’offrir un divertissement lyrique avant le lancement programmé d’un feu d’artifice à 21h précise. Il a passé commande d’un opéra sur fond de mythologie grecque à un jeune compositeur et a invité pour la même soirée une troupe de saltimbanques rodés aux farces et attrapes. Il paie, il a l’argent donc tous les pouvoirs, y compris ceux de son ultime caprice qui sera d’exiger la fusion des deux spectacles en un seul. C’est tout le branle bas de combat du prologue où Strauss s’amuse à brocarder le monde de l’opéra, ses auteurs, ses divas, ses commanditaires, entre crises de nerfs, affolements divers et tentatives de conciliation sous les impératifs imperturbables d’un maître d’hôtel aux ordres du patron. L’acte qui suit sera celui du résultat des courses, entre les désespoirs d’Ariane abandonnée par Thésée, les facéties des bouffons italiens, Zerbinette, Arlequin, Scaramouche et leurs copains, et l’éblouissement de son amour naissant pour Bacchus ; dieu de séduction échappé des bras de Circé… Les femmes peuvent donc oublier et changer d’amant. La leçon de Zerbinette qui les collectionne allègrement a porté ses fruits…

Sophie Koch toujours aussi délicieuse en adolescent rageur

Les femmes d’ailleurs se taillent la part belle dans la distribution où l’on retrouve, unique vestige de la création de 2003, la magnifique Sophie Koch, toujours aussi délicieuse et déliée en compositeur aux allures d’adolescent rageur. Après Natalie Dessay, inoubliable Zerbinette en maillot de bain, Jane Archibald, cheveu de feu et tempérament assorti, le nombril onctueux et l’humour arrimé dans ses vocalises, prend la relève avec talent et panache, Ricarda Merbeth, sensuelle et éplorée, s’empare du rôle de la Primadonna/Ariane, capricieuse diva puis amoureuse flamboyante. Les naïades et l’écho (Elena Tsallagova, Diana Axentii, Yun Jung Choi) en costumes de vacancières Club Med, lancent leurs trilles tandis les mâles de la troupe de joyeux drilles – Edwin Crossley-Mercer, François Piolino, François Lis -s’ébrouent joyeusement. Bonnes prestations des maîtres de musique et de danse, l’excellent baryton allemand Martin Gantner et le ténor français Xavier Mas. Déception : Bacchus, sauveur d’Ariane, ne fut guère sauvé par le ténor allemand Stefan Vinke, une voix rodée pourtant au répertoire wagnérien dont on pouvait beaucoup attendre mais qui, dans ce rôle court mais périlleux, ne trouva ni la justesse, ni la profondeur. Un soir de méforme peut-être qui cependant ne justifiait pas cette manie d’inélégance d’un certain public huant. A 85 ans, le baryton basse Franz Mazura ne chante plus mais habille les textes parlés du maître d’hôtel de clarté, d’autorité et d’une malice toute en second degré.

Ariane à Naxos de Richard Strauss, livret de Hugo von Hofmannsthal, orchestre de l’Opéra National de Paris, direction Philippe Jordan, mise en scène et costumes Laurent Pelly, reprise réalisée par Michel Jankeliowitch, décors Chantal Thomas, lumières Joël Adam, dramaturgie Monique Mélinand. Avec Sophie Koch, Jane Archibald, Ricarda Merbeth, Franz Mazura, Martin Gantner, Stefan Vinke, Xavier Mas, Vladimir Kapshuk, Vincent Delhoume, Yuri Kissin, Elena Tsallagova, Diana Axentii, Yun Jung Choi, Edwin Crossley-Mercer, François Piolino, François Lis, Michael Laurenz .

Opéra Bastille, les 11, 14, 17, 20, 22, 25, 28, 30 décembre à 19h30

08 92 89 90 90 -+33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr

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