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Anthologie du théâtre français du 20e siècle de Cécile Backès

par Gilles Costaz

Cent années d’écritures

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Est-ce déjà le temps d’inventorier le théâtre du XXe siècle, dont nous n’avons pas l’impression qu’il soit tout à fait achevé ? Il semble que oui, puisque deux anthologies paraissent. La première, Le Théâtre du XXe siècle, sous la direction de Robert Abirached (nous n’en rendrons pas compte, ayant participé à certains chapitres), publiée par L’Avant-Scène Théâtre. La seconde, Anthologie du théâtre français du XXe siècle, établie par Cécile Backès. Ce volume-là a l’originalité d’avoir été écrite par une jeune femme metteur en scène, déjà auteur dans la Bibliothèque Gallimard de La Boîte à outils du théâtre en classe. Cécile Backès est, d’ailleurs, dans l’actualité théâtrale : elle présente sa mise en scène de Vaterland de Jean-Paul Wenzel au théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis, à la fin mars. Son livre commence assez brutalement, en assurant que les textes de Shakespeare et de Molière n’étaient que des « cahiers de régie » et que le respect moderne du texte n’est venu qu’avec Beaumarchais. Pourquoi les œuvres d’Eschyle et Sophocle étaient-elles donc copiées et recopiées par les scribes puis par les moines ? Pourquoi Corneille et Racine mettaient-ils sans cesse à jour l’édition de leurs pièces ? Les visions historiques de Cécile Backès sont un peu – si l’on nous permet le jeu de mots – à l’emporte-pièce. Elle vient de la génération où l’on dit « je » à tout bout de champ et où l’on se moque des garde-fous en usage : c’est ainsi qu’elle fait entrer Wadji Mouawad dans le champ français (en prévenant qu’elle sait bien qu’il est libano-québécois) et qu’elle étire le XXe siècle jusqu’à Pommerat, Cadiot – qui, effectivement, ont été connus avant 1999 mais se sont imposés davantage ensuite – et aussi jusqu’à Marie N’Diaye, dont Papa doit manger été créé à la Comédie-Française en 2003 !
Mais c’est ce côté chien fou, chien de terrier, essayiste découvreuse qu’on va aimer en Cécile Backès car tout la passionne. Si elle a ses goûts très affirmés, elle n’a pas d’a priori contre le vaudeville et le théâtre privé, se montrant assez bienveillante avec Guitry qu’elle appelle curieusement « le Jean-Jacques Goldman du boulevard » ou André Roussin et reliant bien les évolutions d’un genre ou d’un secteur à l’autre. Comme elle sait beaucoup de choses (elle orthographie mal le nom du critique Jean-Jacques Gautier, mais c’est une peccadille), elle improvise, fait des développements inattendus là où on les attend pas, ce qui est assez joyeux. Pourtant, il y a une méthode, un plan serrés qui sont vifs et agréables : chaque extrait est suivi de « quelques mot de l’auteur », d’extraits de presse, d’un récit à caractère historique », et d’un « dernier mot » qui peut être réflexif ou facétieux. Ainsi court-on de Zola monté par Antoine jusqu’à Py, Novarina et Reza, sans oublier les Claudel, Sartre, Ionesco, Beckett, Genet, Anouilh, Koltès et tutti quanti. Il manque Audiberti, Adamov ou Cocteau, pour ce qui est des extraits (heureusement assez longs), mais il sont mentionnés.
Parmi les auteurs très récents, Cécile Backès a retenu comme figures marquantes et représentées par un large fragment - outre ceux que nous avons déjà cités -, Cixous, Minyana et Lagarce. Dommage pour Melquiot ou Cormann, mais il y a surtout un oubli de taille : Serge Valletti, dont la présence aurait contribué à mieux chasser cet esprit de sérieux dont l’auteur, manifestement, ne veut pas. On se consolera en pensant qu’une anthologie comporte toujours une part subjective et en savourant l’alacrité du style. N’apprend-t-on pas que « Fin de partie est au théâtre du XXe siècle ce que Like a Rolling Stone de Bob Dylan est au rock’n’roll anglo-saxon » et que certains écrivains aux vies d’étoiles filantes sont des rock-stars (« Koltès, Lagarce et Gabily s’éteignent comme Brian Jones, Jimi Hendrix et Jim Morrison en leur temps, comme des comètes »). Yasmina Reza a droit à moins d’hyperboles ; Cécile Backès préfère rapporter ses discussions avec sa « conseillère clientèle » à la banque, pour traquer le goût trop bourgeois qu’auraient les amateurs de la pièce Art  ! L’ouvrage a ses humeurs mais il est savant, précis, copieux, dans le mouvement contagieux de sa belle humeur. Il devrait séduire bien des lecteurs au-delà de sa cible scolaire et universitaire.

Anthologie du théâtre français du 20e siècle, textes choisis et dossier par Cécile Backès, suivis d’une « lecture d’image » par Henri Scepi. Folioplus Classiques, Gallimard, 390 pages, 8,90 euros.

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