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André Degaine, l’historien dessinateur

par Gilles Costaz

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Début juin, on apprenait la mort d’André Degaine, l’homme qui avait conté l’histoire du théâtre non pas en bande dessinée, mais par le dessin. La parution de son Histoire du théâtre dessinée chez Nizet avait changé notre regard et aussi changé la vie de son auteur. C’était un retraité discret et méconnu. Tout à coup, il recevait des prix, notamment celui du Syndicat de la critique, était invité à participer au « Masque et la Plume », faisait des exposés réguliers au Club-Théâtre du Studio-Raspail, publiait de nouveaux livres, organisait des promenades commentées à la recherche du passé théâtral de Paris. Son succès, il le devait grandement à Jérôme Garcin. Cette Histoire du théâtre dessinée, Degaine la faisait photocopier à quelques exemplaires. Il eut l’idée de l’envoyer à France-Inter, à l’animateur du « Masque et la Plume ». Celui-ci prit le temps d’ouvrir et de parcourir cet énorme paquet de feuilles couvertes de textes et de dessins. Il en parla aussitôt à l’antenne et dans le journal où il travaillait alors, L’Evénement du jeudi. Il baptisa Degaine « le facteur Cheval du théâtre ». C’était bien trouvé : Degaine avait travaillé à la poste toute sa vie. Entendant l’émission, l’éditeur Nizet demanda à voir le livre et le publia. C’est aujourd’hui un best-seller dans sa catégorie : une petite centaine de milliers d’exemplaires vendus.
On découvrit peu à peu le personnage. Bien que postier (il travailla longtemps à la poste de la rue du Louvre, à Paris), il consacra sa vie au théâtre. A Clermont-Ferrand où il était né, il anima des ateliers sur le théâtre et le cinéma, dirigea une salle. Il écrivit même des pièces. Lors de la soirée d’hommages qu’organisa le Club-Théâtre de la Société littéraire de la poste au Studio-Raspail, on put voir des documents où Degaine parlait à la télévision régionale d’une pièce engagée dont il était l’auteur. Il joua un peu, fit des costumes. Son grand modèle était Jean Vilar, dont il admirait le travail au service de la notion de « théâtre populaire ». Mais, au fil de ses recherches il était devenu une sorte de Pic de la Mirandole de la scène ; toutes les époques l’intéressaient, Eschyle comme Sarah Bernhardt. Sa volonté pédagogique par le dessin et les rubriques courtes lui permettent de rendre claires des époques compliquées, comme le moment du théâtre romain – qui, dans son Histoire dessinée, est lumineuse, à la différence de bien des essais sur cette période. Parfois, il vivait comme au temps de Molière et avec Molière. C’est l’impression qu’il donnait lors de ses promenades commentées. Ce peintre naïf était si savant et habité qu’il nous enlevait nos naïvetés ! Les précieux livres de Degaine peuvent faire partie de nos lectures de l’été.

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