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A propos de la Foire Saint-Germain de Juillet 2007

par Jacky Viallon

Les propos s’envolent mais les cris restent.

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Entretien entre Monsieur Alain Ouy, directeur artistique de la foire Saint-Germain et Jacky Viallon, auteur/ journaliste et comédien indépendant

Trentième foire Saint-Germain ? Vous voilà mature ! Age du Christ ?

Contents d’être arrivés à la trentième année à la vue des nombreux autres festivals parisiens qui perdurent quelques saisons seulement. La foire Saint-Germain serait donc la plus ancienne manifestation festivalière de Paris, suivie de loin par le festival du Marais qui a dû en partie cesser ses représentations dans les belles architectures des hôtels particuliers du Marais à cause des intempéries.

Bon nombre de municipalités s’intéressent à la mise en place de festivals mais n’ont pas la stratégie de laisser s’installer l’événement dans le temps. Sans compter que ces foires se spécialisent en foire à la ferraille, vide grenier ou terre d’asile pour folklores perdus et évincés.
La foire Saint-Germain par son éclectisme fait évoluer sur la place Saint-Sulpice plus de 1500 exposants et aux dires de ces derniers chaque corporation y trouverait son compte.
Bien que la participation financière soit relativement élevée, les prestations semblent justifier et amortir la dépense engagée : montage des baraques, gardiennage, personnel d’accueil, restauration d’excellente qualité à prix modéré faisant largement concurrence aux cuisines du quartier, assistance de régisseurs compétents en permanence sur la place.
Au niveau de l’information près de 110 000 catalogues sont diffusés par voie postale, par distribution dans la rue ou directement aux visiteurs s’attardant à la « loge » d’accueil.
Sans compter, et c’est l’originalité profonde de la foire Saint-Germain que ladite foire n’est pas seulement commerçante, mais comme celle du 17° et 18° siècle, elle s’agrémente d’animations et d’interventions d’artistes divers : danseurs, musiciens, chanteurs voir même cette année d’un bonimenteur en quasi permanence sur la foire comme au 18° siècle. Sorte de paradiste, mi-clown, mi-chansonnier qui change de répertoire tous les jours en utilisant des supports divers : Marionnettes, objets animés, chiffonnades humanisées où le contenu traite de la fragilité, de la cupidité et de la méchanceté de l’être humain. Le lendemain il casse le jeu en abordant un répertoire poétique, réflexif et raisonné. Bref la foire propose ces spectacles en entrée libre, ce qui permet au plus démunis ou au moins motivés de participer à ces différentes approches culturelles.

On y saisira également de beaux moments en direction des jeunes. Cette année 2007, l’association a lancé sur la place près de quarante manifestations artistiques. Et derrière le miroir n’oublions pas l’opération promotionnelle qui dynamise les compagnies en représentation : Diffusion du catalogue, possibilité de présenter son travail à des tourneurs ou directeurs de structures culturelles. Finalement depuis l’existence de la foire Saint Germain du 12 ° siècle à nos jours, l’organisation intrinsèque et le contenu sont restés les mêmes : Foire à la fois commerçante, par la présence de ses différents exposants et ludique par la diversité des spectacles et des animations présentés. Grâce à la gratuité de l’événement la foire bénéficie d’un certain brassage social. Cela engendre, également pour les artistes un rapport quasiment physique au public. Cette promiscuité et cette convivialité s’inscrivent apparemment dans une sorte de désintéressement qui semblait déjà omniprésent dans la foire originelle.
Toutefois l’arbre cache la forêt, puisque derrière la pantomime grimaçante de la vie, se terre silencieusement à travers le jeu des apparences les déboires et chausse-trappes qui traquent artistes, forains et autres saltimbanques modernes ou anciens.

Revenons tout de même sur la foire originelle qui débute au 13°siècle. Abordons aussi le constat sur les contraintes et les censures qui pesaient déjà sur les comédiens, les chefs de troupe, paradistes et aboyeurs de tout genre. On se rappelle que sur l’année 1680 la création de la comédie française de par son exclusivité muselle le droit de parole aux artistes forains ou d’autres comédiens occupant des espaces précaires. On se souvient aussi que de 1703 à 1708 toutes sortes de mesures draconiennes, sournoises et chausses trappes se sont mises en place pour tenter d’étouffer cette parole populaire qui était déjà annonciatrice de la Grande Revendication.
Quelques années plus tard, c’est-à-dire…disons-le… aujourd’hui les méthodes contre la vérité du théâtre sembleraient s’appliquer de manière presque identique.
Bien sûr on ne risque plus l’arrestation, ou le feu à sa masure, ni une amende monstrueuse à vous manger trois récoltes et du bétail. Mais nous pourrions imaginer par exemple, si nous étions des visionnaires négatifs et moroses : un resserrage de robinet de subventions, une perte inattendue de locaux administratifs ou un hypothétique et éventuel glissement du courrier qui prendrait un mauvais virage avant de se perdre dans des coulisses glauques et obscures du sombre domaine de l’irrécupérable et en conséquence se voir liquéfier dans les eaux troubles et glauques de l’impunité. On pourrait aussi imaginer l’effet électrochoc du recommandé qui vous gélatine les neurones en vous arrachant d’un réveil cauchemardesque. Ce traître papier, collaborateur de la sommation de déguerpir de certains locaux, vous acculerait à abandonner le terrain chéri en catastrophe sous les lancers d’obus balourds gonflés de non-sens culturel et de bêtises probablement achetées aveuglément au comptant au grand magasin de l’Ignorance.
Mais imaginons que dans cet espace sombrement utopique cette manifestation soit récupérée politiquement par un discours élogieux qui serait complété dans son élan par la « une » exhibitionniste et démagogique d’un bulletin de quartier.
Pendant ce laps de temps il vous faudrait alors vite déguerpir avec « vos semelles de vent… »
Cette citation presque métaphorique est sans doute trop bien aquarellée pour la circonstance. Mais, disons, qu’en exécutant une pirouette de clown, muni d’un faux-nez rouge nous pourrions dire, le visage masqué par le sourire blanc et amer de l’Auguste : Malgré tout …restons poétiquement correct !

"Sanengage Ke Moâ citoyen du Pays libre d’Utopia"

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