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Critiques / Théâtre

225 000 (Femme kleenex) de Nicole Sigal

par Gilles Costaz

La ronde des maris massacreurs

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Nicole Sigal a donné pour titre à sa pièce Femmes kleenex. La compagnie Bouche B, qui en fait la création, préfère le titre 225 000 et fait passer la formule originale en sous-titre. Dans les deux cas, le thème de l’œuvre est bien défini : les femmes maltraitées, battues parfois jusqu’à la mort par leur ami ou leur conjoint. Ces êtres humains ne valent rien dans la machine à broyer que peut être un ménage. On sait qu’en France, 225 000 femmes sont victimes des violences de leur partenaire, tous les deux jours une femme meurt des coups de son ami ou mari. Chiffres terribles. Phénomène contre lequel bien des personnes et des structures se battent, sans que puisse être atténuée cette atrocité. Nicole Sigal, une auteure dont le style caustique compte beaucoup dans le concert littéraire d’aujourd’hui, a vu certaines victimes de près. Elle a passé plusieurs mois dans un foyer d’accueil où sont abritées ces femmes détruites. Elle y a pris certains cas évoqués dans la pièce mais en a pris d’autres dans l’actualité. Une bonne épouse se découvre face à un mari monstrueux quand les amis ne passent pas à la maison. Condamné par la justice à ne garder que la moitié du patrimoine conjugal, un homme coupe en deux tout ce qui appartenait au couple, jusqu’au matériau humain. Un gynécologue abuse des patientes sur le fauteuil où il les ausculte… La pièce, structurée en ronde, n’aligne pas les histoires l’une après l’autre mais entremêle les épisodes, permettant de retrouver, comparer et superposer des événements différents et semblables. Presque à chaque fois, l’homme est tel un loup-garou ou un docteur Jekyll, double, doux à certaines heures, meurtrier à d’autres.
Guillaume Vatan fait fonctionner le spectacle comme une spirale infernale. Les éléments de décor s’en vont, reviennent, comme les personnages. A chaque fois on passe du chaud au froid, du calme à la tempête, de l’eau qui dort à l’explosion. Dans ce mouvement frénétique de toupie, les acteurs savent en même temps suivre ce rythme et être d’une vérité saisissante. Camille Favre-Bulle, Magali Bras, Mathias Marty et Rodolphe Couthouis passent admirablement d’un visage à un autre, d’un état d’âme à un autre. A cette vitesse, la précision du jeu est impressionnante. Vatan prend même le risque d’aller jusqu’à la forme du vaudeville, pour susciter et casser le rire. L’écriture jongleuse et clinique de Nicole Sigal trouve là une mise en théâtre d’une grande force, implacable, vivifiée par un art de la satire qui, même dans le gag, ne s’autorise aucune facilité.

225 000 (Femmes kleenex) de Nicole Sigal, mise en scène de Guillaume Vatan, avec Camille Favre-Bulle, Magali Bras, Mathias Marty, Rodolphe Couthouis.

Festival d’Avignon off : Espace Alya, 13 h 25, tél. : 04 90 27 38 23, jusqu’au 28 juillet. (Durée : 1 h 05).

Photo DR.

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