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Critiques / Théâtre

Sois un homme mon fils de Bouchta

par Gilles Costaz

Un enfant différent des autres

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Bouchta : un nom d’homme ou de femme ? Fils d’immigrés algérien né à Marseille, Bouchta ne savait pas, enfant, de quel sexe il était. L’entourage familial voulait faire de lui un homme très viril, qui plus tard se marierait. Il ira jusqu’au mariage, au moins, jusqu’à la cérémonie. Mais, lui, se sent femme et subit la brutalité d’un monde qui ne veut pas entendre parler des différences. Après de longues années d’humiliation et de vie secrète, Bouchta est devenu artiste, scénariste et un auteur de spectacle. On peut à présent le suivre de deux façons, à travers un livre de souvenirs, Je voulais devenir un homme, où il conte l’itinéraire d’un homosexuel rejeté (onzième enfant d’une famille qui en compte douze, il est poussé à incarner une virilité qu’il refuse), et un spectacle en solo, Sois un homme, mon fils, qui a connu un réel succès au théâtre Toursky, à Marseille, et dans le off d’Avignon, en 2019.
Si le livre est le lieu de la vérité biographique, le show est celui de la vérité imaginaire. Bouchta y suggère son cheminement personnel, mais il dépeint tout un univers, celui d’une famille marseillaise restée fidèle aux traditions arabes et celui des quartiers où elle vit. Habillé en femme, Bouchta joue les mères de famille excessives puis, se mettant presque nu, incarne un double de lui-même parvenant à sa vérité dans un milieu où tout refuse sa façon d’être. La mise en scène de Richard Toursky place l’acteur au centre de la scène, assis sur la malle métallique des éternels errants. Bouchta a un jeu populaire immédiatement comique, qui fait défiler de façon truculent une série de personnages, avant d’aller loin dans l’audace, d’affronter les tabous d’un cercle fermé sur ses vérités sociales et religieuses. Drôle, troublant et sans équivalent.

Sois un homme mon fils de Bouchta, mise en scène de Richard Martin, avec Bouchta.

Théâtre de Dix Heures, tél. : 01 46 06 10 17 : représentations à l’étude en novembre, reprise en décembre. Puis, du 12 au 23 janvier, au théâtre Toursky, Marseille. A lire : Je voulais devenir un homme de Bouchta Saïdoun, éditions L’Harmattan, 142 pages, 15,50 euros.

Photo Candice Nguyen.

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