La Main gauche de Ramon Lazkano à la Cité de la Musique
Vibrant hommage à Ravel
Le dernier opéra de Ramon Lazkano obtient un succès mérité pour sa création mise en espace.
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- 6 octobre
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NÉ EN 1968 À SAINT-SÉBASTIEN, le compositeur Ramon Lazkano vit et travaille à Paris, cumulant les nationalités espagnole et française. Il est déjà à la tête d’une œuvre abondante. Sa dernière pièce, La Main gauche, se veut un opéra en hommage à Ravel (dont on célèbre les 150 ans de la naissance), sur un livret de lui-même (en français bien sûr) qui reprend la thématique du roman biographique Ravel de Jean Echenoz* sur la fin de vie maladive du compositeur du Concerto pour main gauche. L’œuvre a été créée en version de concert le 30 août dernier à Saint-Jean-de-Luz (dans le cadre du Festival Ravel). Elle est reprise, cette fois en version scénique, à la Cité de la Musique. La mise en scène revient à Béatrice Lachaussée et Mathieu Crescence (par ailleurs auteur des costumes et de la vidéo). Pour cet « opéra pour trois voix et ensemble », la restitution musicale est la charge de l’Ensemble intercontemporain, sous la direction de Pierre Bleuse (directeur musical de l’ensemble).
L’œuvre séduit, sur une orchestration fouillée (piquée de quelques citations musicales de Ravel, comme de juste) et un chant en manière de longs récitatifs, mais davantage qu’un « opéra » pourrait-on parler d’une forme d’oratorio. Peut-être, dans la salle de la Cité de la Musique, fait quelque peu défaut une meilleure balance acoustique entre les parties chantées et déclamées face à l’orchestre.
Quand l’œuvre convainc
La mise en espace se contente de projections sur grand écran d’images en rapport avec le sujet (avec les indispensables surtitres, pour des mots que l’on ne saisit guère autrement, et les titres des différentes parties). Les trois chanteurs évoluent sur la scène de concert avec des gestes appropriés et des costumes en situation. Le ténor Peter Tantsits, le baryton Allen Boxer et la soprano Marie-Laure Garnier, expriment les personnages de Ravel et de ses acolytes avec conviction et un chant bien emporté pour cette dernière (qui bénéficie de vraies vocalises). Aidés toutefois de microphones, puisque l’œuvre fait aussi appel à l’électroacoustique. L’Intercontemporain distille les sonorités déliées que la partition réclame, sous la battue vigilante de Pierre Bleuse. Et c’est ainsi que l’œuvre convainc.
Petite remarque en passant : il est prétendu dans le livret et le programme de salle, que Ravel était basque (comme dans d’autres assertions sur le compositeur, du reste) ; ce qui est une extrapolation, courante, pour ce personnage né à Ciboure par les hasards du travail d’un père d’ascendance suisse, où il ne vécut que trois mois avant de partir avec sa famille en région parisienne qu’il ne quittera plus ; sa mère cependant était de lointaine origine espagnole, ce qui explique son penchant pour les compositions de caractère ibérique.
Illustrations : Peter Tantsits, Allen Boxer et Marie-Laure Garnier (photo Quentin Chevrier). Ramon Lazkano (photo Franck Ferville)
Roman paru aux éd. de Minuit en 2006.
Ramon Lazkano : La Main gauche. Peter Tantsits (Ravel, ténor), Allen Boxer (baryton) et Marie-Laure Garnier (soprano). Ensemble intercontemporain, dir. Pierre Bleuse. Mise en espace : Béatrice Lachaussée et Mathieu Crescence. Cité de la Musique, Paris, 3 octobre 2025.



