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Critiques / Théâtre

Vents contraires de Jean-René Lemoine

par Gilles Costaz

La ronde des pulsions

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L’écriture de Jean-René Lemoine aime souvent ramener la confrontation théâtrale à des partitions à un ou deux personnages, dans le souvenir et la modernisation des mythes antiques. Avec Vents contraires, le plateau s’élargit, le romanesque s’insinue dans les affrontements et l’antiquité reste au vestiaire. L’on est à Paris, mais l’on rêve du monde entier. Tout est dans l’appel des désirs, de la réussite et du pouvoir. Une femme s’expatrie en donnant son amant à une autre femme. Cet homme, noir de peau, refuse ce transfert et préfère les corps d’une étudiante pratiquant des étreintes tarifées. Cette jeune femme veut être toute puissante, conçoit sa vie bien au-delà des passes précipitées et tient sous sa coupe une créatrice de mode folle d’elle… Cette ronde des pulsions, des vanités et de l’argent roi est un manège où chacun se grise et où personne ne gagne.
Bel écrivain, Lemoine ne perd pas la hauteur brillante de sa langue mais semble parfois diluer son propos et sa pensée dans l’entremêlement des intrigues. A se situer dans la planète mondialisée d’un Mouawad ou d’une Badea, il n’est plus tout à fait lui-même. Avec de très bons collaborateurs aux costumes et à la lumière, Priscille Pulisciano et Dominique Bruguière, il compose un soirée d’une réelle fascination esthétique, avec des scènes qui s’inscrivent comme des miniatures éclatantes se détachant soudain dans la nuit. Il a aussi demandé aux acteurs un travail sur le cri, qui est troublant et émouvant. Alex Descas affirme une présence très forte alors qu’elle semble se replier dans le secret et le décalage. Océane Cairaty dépasse le statut de femme-objet pour exprimer de façon personnelle les zones de la douleur, de la solitude et de la revanche. Anne Alvaro n’est plus le personnage rayonnant qu’elle est si souvent mais, avec une grande profondeur, trace les lignes souffrantes d’une femme cassée de l’intérieur et dépendante. Marie-Laure Crochant affiche des blessures brutes de décoffrage, dans un jeu sombre et net. Norah Krief s’efface avec beaucoup de subtilité et, dans ce retrait, émeut pleinement. Nathalie Richard déploie une grâce brisée dans un rôle morcelé où elle est toujours attachante. Tant de qualités placent ce spectacle ambitieux au-dessus des productions lambda mais semble partir en guerre contre les clichés et la corruption d’un monde ultra-friqué sans trouver l’angle d’attaque neuf dont l’on aurait besoin.

Vents contraires de Jean-René Lemoine, mise en scène de l’auteur, scénographie de Christophe Ouvrard, lumière de Dominique Brugière, musique de Romain Kronenberg, costumes de Priscille Pulisciano, travail vocal de Donatienne Michel Dansac, chorégraphie d’Anatole Hossenlop et Jean-René Lemoine, assistanat de Laure Bachelier-Mazon, avec Anne Alvaro, Océane Cairaty, Marie-Laure Crochant, Alex Descas, Norah Krief, Nathalie Richard.

MC93 — Maison de la Culture de Seine-Saint-Denisdu 13 au 24 novembre 2019.
Théâtre National de Strasbourg du 28 novembre au 7 décembre 2019.
Le Grand T, théâtre de Loire-Atlantique du 11 au 13 décembre 2019.
Maison de la Culture d’Amiens - Pôle européen de production et de création les 8 et 9 janvier 2020.
Centre dramatique national de Tours — Théâtre Olympia du 14 au 18 janvier 2020.
MCB Bourges les 22 et 23 janvier 2020.
Théâtre de Nîmes - scène conventionnée les 29 et 30 janvier 2020.
Théâtre du Gymnase, Marseille
(Durée : 1 h 55).

Photo Jean-Louis Fernandez  : Océane Cairaty et Alex Descas.

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