Accueil > V. de Tony Harrison

Critiques / Théâtre

V. de Tony Harrison

par Karim Haouadeg

Dialogue dans la maison des morts

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Après avoir accueilli la saison précédente le Palestinien Mahmoud Darwich, récemment disparu, la Maison de la poésie reçoit en ce début de saison le poète anglais Tony Harrison. Érudit et provocateur, spécialiste des humanités gréco-latines et poète engagé, traducteur de Racine et d’Euripide et passionné par le parler populaire de la région de Leeds, Tony Harrison est un écrivain profondément original, sans équivalent connu. C’est son poème V., écrit en 1985, que Claude Guerre, a décidé de faire découvrir au public parisien.

Se rendant au cimetière où sont enterrés ses parents (mais aussi Byron et Wordsworth) pour nettoyer le caveau familial, le poète se trouve face à face avec un skinhead, un de ces hooligans supporters du club de football de Leeds United, en train de couvrir les tombes d’inscriptions avec une bombe de peinture. S’engage dès lors un dialogue amer, violent, sans concession de part et d’autre, entre le poète et le profanateur. Sur un monde qui sombre, sur des rêves en déshérence et sur l’absence de tout espoir offert par une Grande-Bretagne dont l’histoire, en ces années de thatchérisme forcené, semble se refermer comme un piège sur tous ceux qui ont cru qu’un autre monde était possible. Dialogue aussi bien d’un père avec son fils, révoltés tous deux, incapables de se comprendre, sourds et aveugles à la souffrance de l’autre. Et dialogue tout autant du poète avec lui-même, tant il est vrai que les mêmes doutes, le même désespoir, sinon les mêmes haines, hantent les deux personnages et leur tirent des cris irréconciliables et jumeaux. C’est au comédien Guillaume Durieux que Claude Guerre a confié la tâche de faire entendre ce texte dont la forme classique, rimée dans l’original anglais comme dans sa traduction par Jacques Darras, jure volontairement avec les propos crus et sauvages des deux protagonistes. Choix judicieux : le jeune comédien est parfaitement à l’aise et convaincant, marquant parfois avec force le passage entre les deux personnages, et le laissant parfois douteux, incertain, volontairement flou. La parole, proférée ou hurlée, lâchée comme une confidence ou lancée comme un défi, dialogue durant toute la représentation avec la musique de Jean-Philippe Dary, lui aussi sur scène. Le musicien rythme la joute verbale et offre une sorte de basse continue aux cris et chuchotements du poète. Une belle réussite sur le plan formel et un texte qui, pour être circonstanciel n’en a pas pour autant perdu, vingt ans plus tard, une once d’actualité ni de pertinence.

V. de Tony Harrison. Texte français de Jacques Darras. Mise en scène de Claude Guerre. Avec Guillaume Durieux. Musique de Jean-Philippe Dary. À la Maison de la poésie le mercredi, jeudi, samedi à 19 h, le vendredi à 21 h et le dimanche à 17 h. Jusqu’au 31 octobre 2008. Durée : 1 h 10.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.