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Critiques / Théâtre

Une vie de pianiste de Paul Staïcu et Agnès Boury

par Gilles Costaz

Un virtuose en croisade

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En règle générale, les pianistes ne parlent pas. Ils jouent. Paul Staïcu est de cette espèce rare qui fait de la musique, parle et joue la comédie. Pendant des années, il a cultivé ses dons, en interprétant Le Duel avec Laurent Cirade. Cette fois, sans partenaire, il confie ce qu’il avait gardé pour lui : son adolescence roumaine et son « évasion » vers Paris où il entre au Conservatoire. C’est une page d’Histoire qui n’est pas si lointaine. Né dans une famille de musiciens, le jeune Paul entre dans un « lycée musical » à Bucarest. L’enseignement y est rude : rigueur militaire et programme consacré aux compositeurs classiques. Pas question de s’intéresser au jazz. L’élève écoute la radio américaine pour entendre d’autres notes, suivre d’autres chemins. Quand on le surprend à faire des incursions du côté du jazz, il n’a pas toujours droit au retour de bâton. Mais la vie est irrespirable. Paul fuira à Paris en passant par Berlin.
Le spectacle qu’ont écrit de conserve Agnès Boury et Paul Staïcu est double : c’est un récit biographique (qui se passe majoritairement pendant les années de la dictature de Ceaucescu) et un dialogue sur la pratique de la musique. Staïcu suit deux fils à la fois : son histoire et celle de tous ces gens qui veulent jouer d’un instrument, y consacrent une partie de leur temps et, pour la plupart laissent tomber. Staïcu parle de lui-même pour que le plus possible de spectateurs (il interroge la salle afin de savoir qui a voulu être et qui est un musicien du dimanche) reprennent leur duo amoureux avec un piano, un violon, une flûte, un groupe. Il est si malicieux qu’il doit bien convaincre quelques spectateurs de se remettre au solfège et au clavier dès qu’ils sont rentrés chez eux.
Pour Staïcu, le maître mot de sa croisade, c’est l’amour : il emploie le mot « kiffer », ce qui n’est peut-être pas le vocable le plus élégant. Mais il veut séduire toutes les générations. Son évangélisation rieuse est tout à fait encourageante, bien que sa virtuosité soit à même de décourager : il sait tout jouer, Bach et Elton John, Schumann et Claude François, Mozart et Zeppelin… C’est un militant joyeux de la musique. Seul en scène, avec un Steinway et un clavier électronique posé sur le sommet du piano, il fait des étincelles sonores. Lorsqu’il plaque les plus percutants des accords, il ajoute sans doute à l’énergie du doigté le plaisir du pied de nez envoyé à tous les dictateurs, puissants ou modestes, qui n’aiment pas la musique en liberté.

Une vie de pianiste, un spectacle d’Agnès Boury et Paul Staïcu, mise en scène d’Agnès Boury, lumière de Charly Hové, son d’Allan Hové, avec Paul Staïcu.

Studio Hébertot, 19h, les lundi et mardi, tél. : 01 42 93 13 04, jusqu’au 18 juin. (Durée : 1 h 15).

Photo DR.

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