Paris, théâtre Marigny à partir du 18 mai
Une passion, Anaïs Nin, Henri Miller de Delphine de Malherbe
L’amour fou

Représenter sur scène Henry Miller et Anaïs Nin, il fallait oser ! Mais pourquoi pas ? Le cinéma a bien transposé Jours tranquilles à Clichy. Delphine de Malherbe a imaginé la rencontre des deux écrivains à Paris, pendant l’hiver 1931. Lui fréquente les filles et griffonne dans sa chambre des quantités de textes. Elle est mariée et n’a jamais connu la folie sexuelle que lui propose cet autre Américain exilé. Elle résiste un peu puis demande une sexualité sans barrières. Leurs corps s’enflamment. Mais c’est une passion d’amants et d’écrivains. Ensemble, ils observent leur incendie sensuel mais discutent du monde, de l’écriture. Henry a des avis sur tout, Anaïs commence à regarder ce qui se passe à travers le filtre de la psychanalyse. Lui ne sait pas qu’Anaïs écrit un journal. Il le découvrira. Le maître saisit alors qu’elle n’est pas une disciple, une inférieure. Peu importe. Ce qui compte, c’est la flambée de cet amour.
L’image la plus forte est sans doute celle où Henry écrit entre les jambes d’Anaïs : fusion du sexe et de l’écriture. Delphine de Malherbe a beaucoup puisé dans les pages du Journal d’Anaïs Nin, mais elle connaît les deux personnalités ; elle les réinvente dans une quête d’harmonie du corps et de l’âme. Sur scène, il n’y a qu’une chambre et même presque qu’un lit. Le spectacle n’est jamais impudique, mais toujours charnel. Avec une grande élégance, Evelyne Bouix se coule dans son personnage de cérébrale tellement sensuelle : elle sait être à la fois dans l’instant et dans le détachement. Laurent Grévill, qu’on n’avait pas vu depuis longtemps au théâtre, incarne Miller avec une belle force butée, mais il se heurte aux limites de la pièce. L’œuvre, composée en courtes séquences et interrompue par des vidéos et des projections de citations, paraît souvent trop morcelée. On eût aimé de plus longs face à face, plus d’instants forts où les personnages iraient au bout d’eux-mêmes. Miller et Nin restent là dans leur légende, ne semblent pas livrer tous leurs secrets. C’est une pièce, constamment baignée d’intelligence et d’admiration, qui saisit un amour par flashes, ouvrant et fermant l’obturateur comme pour composer un album.
Une passion de Delphine de Malherbe, librement inspiré du Journal d’Anaïs Nin. Mise en scène de l’auteur. Collaboration artistique de Caroline Duffau. Décor de Jean-Michel Adam. Lumières de Marie Nicolas. Costumes de Bernadette Villard. Vidéo de Cyrille Valroff. Avec Evelyne Bouix et Laurent Grévill, et avec la participation d’Anne Suarez et la voix de Bernard Pivot. Théâtre Marigny du 18 au 30 mai du mardi au samedi à 21h, samedi à 17h. Tél. : 01 53 96 70 20. (1 h 15).
crédit photographique : Pascal Ito
Première publication le 17 Démembre 2009



