La Troisième Symphonie de Mahler à la Maison de la radio et de la musique
Une partition cosmogonique
Une splendide Troisième Symphonie de Mahler, interprétée par l’Orchestre philharmonique de Radio France, nous réconcilie avec Jukka-Pekka Saraste.
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- 20 septembre 2024
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C’EST AVEC UNE CERTAINE APPRÉHENSION que nous sommes allés entendre la Troisième Symphonie de Mahler, Jukka-Pekka Saraste remplaçant Mikko Franck à la tête de l’Orchestre philharmonique de Radio France. Nous n’avions pas gardé en effet de souvenir ébloui, ces dernières saisons, du chef finlandais ; un Roméo et Juliette de Berlioz, à la tête du Philhar, déjà, nous avait laissé assez froid, seul le merveilleux hautbois d’Olivier Doise surnageant ce soir-là d’une prestation terne et sans élan.
Mais le temps a passé. Cette fois, sans renoncer à cette gestique efficace mais un peu scolaire qui est la sienne, Saraste obtient le meilleur d’une formation qui ne demande qu’à faire chanter la musique de Mahler. Dès les premières mesures (un motif martial confié au pupitre des cors), on sait que la précision et la clarté seront deux des caractéristiques de la soirée. L’immense premier mouvement, ainsi, est tenu de main de maître, sans baisse de tension, avec cette alacrité dans les bois et cette douceur soyeuse dans les cordes, qui font la sonorité luxueuse de l’Orchestre philharmonique. La fluidité du Tempo di Menuetto, puis les couleurs pimpantes du troisième mouvement, avec son cor de postillon rêveur et lointain, poursuivent dans la même veine ; il serait mesquin de noter que la coda de ce troisième mouvement, peut-être, manque de cette précision implacable qui est le lot de tout ce qui précède.
Le vrai voyage au sommet
Les trois derniers mouvements, Jukka-Pekka Saraste les dirige enchaînés, avec un superbe atout en la personne de Gerhild Romberger, vraie voix d’alto ample, sombre et chaleureuse qui donne toute sa profondeur nocturne au lied « O Mensch ! Gib Acht » composé sur un texte de Nietzsche. Inutile de chanter les louanges de la Maîtrise de Radio France (ici préparée par Marie-Noëlle Maerten), égale à elle-même dans le quatrième mouvement, auquel participent également les voix de femmes du Chœur de Radio France, que Lionel Sow, de concert à concert, révèle à lui-même. Et c’est dans une magnifique tension, sans raideur aucune, que le chef aborde le majestueux finale de cette Troisième Symphonie, non sans avoir légèrement pressé le tempo à la toute fin.
Il est cruel pour Richard Strauss de comparer cette partition de Mahler à la Symphonie alpestre entendue la semaine dernière, pourtant jouée sous la direction de Mikko Franck avec un beau sens de la forme et de la dynamique. Mais la manière dont la Troisième Symphonie est écrite pour l’orchestre n’a rien à voir : chaque instrument ici raconte quelque chose, les tutti n’ont jamais rien d’épais, la musique n’est faite que de relief. Il serait à peine exagéré d’affirmer qu’une symphonie de Mahler est aussi un concerto pour orchestre.
Illustration : état actuel de la cabane à composer, à Steinbach-am-Attersee, dans laquelle Mahler acheva en 1896 sa Troisième Symphonie (photo dr)
Mahler : Symphonie n° 3. Gerhild Romberger, contralto ; Maîtrise, Chœur et Orchestre philharmonique de Radio France, dir. Jukka-Pekka Saraste. Maison de la radio et de la musique, 19 septembre 2024.



