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Critiques / Théâtre

Une femme se déplace de David Lescot

par Gilles Costaz

Une vie en pièces détachées

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« Une femme se déplace » : c’est sur l’échelle du temps qu’elle va et vient. La comédie très inventive de David Lescot trace le destin d’une professeure d’université à qui, au restaurant de la fac, une collègue apprend qu’elle peut voyager dans le passé. Il suffit de composer le numéro d’une année qu’elle a vécue sur l’écran de son téléphone portable. Aussi se met-elle à entrer dans des moments oubliés de sa vie. Comme elle découvre qu’elle peut aussi aller dans le futur, elle pianote sur des années qu’elle ne connaît pas encore. Tout s’enchevêtre. Même les gens qu’elle voit au présent peuvent pénétrer dans ses visions d’hier et de demain. Sa vie de femme qu’elle a peu maîtrisés, avec ses amours, ses enfants, les réussites, les ratages, et sa vie à venir, plutôt inquiétante, composent un tableau en pièces détachées, à partir desquelles elle prépare une nouvelle façon d’être, une voie vers le vrai bonheur.
Si l’on peut exprimer une réticence envers ce spectacle audacieux et infiniment réussi, c’est qu’il y a, peut-être, dans sa conclusion quelque chose qui fut « politiquement incorrect » mais qui est devenu « politiquement correct », tant la société et les médias ont évolué en matière de mœurs et de sexualité. Mais cette fin est un chant d’amour auquel on ne résiste pas. Ce qui séduit surtout, pourtant, c’est la capacité de David Lescot à créer un scénario ingénieux, à maintenir une mise en scène imaginative deux heures durant, à écrire lui-même des chansons et des musiques d’un très haut niveau de facture et d’émotion, à tirer d’une troupe très brillante une agilité souvent comique et toujours séduisante. Quelques réserves peuvent être émises sur certains mouvements (les circonvolutions des serveurs sont un peu systématiques) mais, dans l’ensemble, les séquences sont époustouflantes de malice et de jeu collectif. Parfois, la machine de la fête musicale s’emballe tant que des tableaux arrivent et partent, qui semblent hors sujet mais sont d’une telle fantaisie moqueuse ! L’émotion mène une danse endiablée avec un humour très moderne, présent, par exemple, dans les couplets sur les téléphones portables et le fonctionnement des GPS ! Ludmilla Dabo incarne la prof de fac qui accumule les petits et les grands malheurs avec une présence athlétique, un appétit de jouer qui lui permet d’aborder avec une santé confondante les registres les plus variés de la comédie et du chant. Dans le rôle de l’inconnue qui lui ouvre les portes du voyage mental, Elise Caron dégage un beau mystère, contenu dans la présence et le chant émotif. Leurs partenaires, Candice Bouchet, Pauline Collin, Marie Desgranges, Matthias Girbig, Alix Kuentz, Emma Liégeois, Yannick Morzelle, Antoine Sarrazin et Jacques Verzier savent être tour à tour, et pleinement, dans la vérité et la parodie. Ce type de spectacle n’existe pas sans une double vérité, celle de sa sincérité romanesque et celle du théâtre qui joue avec lui-même, qui s’amuse de ses possibilités rieuses. Il y a tout cela dans la nouvelle fresque de David Lescot, arrivé dans les zones les plus jeunes de la maturité.

Une femme se déplace, TEXTE, MUSIQUE & MISE EN SCENE David Lescot (Cie du Kaïros)
CHOREGRAPHIE Glysleïn Lefever, ASSISTEE DE Rafael Linares Torres
DIRECTION MUSICALE Anthony Capelli
COLLABORATION ARTISTIQUE Linda Blanchet
SCENOGRAPHIE Alwyne de Dardel
COSTUMES Mariane Delayre
LUMIERES Paul Beaureilles
SON Alex Borgia
AVEC Candice Bouchet, Élise Caron, Pauline Collin, Ludmilla Dabo, Marie Desgranges, Matthias Girbig, Alix Kuentz, Emma Liégeois, Yannick Morzelle, Antoine Sarrazin, Jacques Verzier
MUSICIENS Anthony Capelli BATTERIE, Fabien Moryoussef CLAVIERS, Philippe Thibault BASSE, Ronan Yvon GUITARE.

Théâtre des Abbesses (Théâtre de la Ville), 20 h, tél. : 01 42 74 22 77, jusqu’au 21 décembre. Reprise au théâtre de Sète les 27 et 28 février. (Durée : 2 h 10).

Photo Christophe Reynaud de Lage.

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