Paris, Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 10 octobre, puis en tournée
Une femme à Berlin, texte anonyme
La face cachée d’une libération

Le livre Une femme à Berlin est terrible. L’un des coups de poing de l’Histoire ! Il a été tenu par une ex-journaliste isolée à Berlin en 1945. Son ami est parti sur le front. Elle voit arriver les troupes russes. Les libérateurs s’avèrent des barbares affamés de plaisirs sexuels. Elle n’échappe pas aux viols. Autour d’elle, c’est la lâcheté des autres qui ne viennent pas défendre les femmes qui sont saisies et violentées partout dans la ville. Pour survivre, il n’y a guère que la solution de se ranger derrière un protecteur, un officier russe, dont l’aide n’est pas désintéressée. Noté jour après jour dans un cahier, le témoignage était si douloureux, si contraire aux images officielles de la libération, que l’auteur a refusé sa publication, jusqu’à ce qu’il puisse paraître, anonyme, en 1954, aux Etats-Unis.
Tatiana Vialle a voulu en faire un spectacle qui ne soit pas tout à fait une confession monologuée mais un moment à la fois au présent et au passé, où la jeune femme se souvient, raconte et parle à un compagnon présent et absent. Pour le metteur en scène et pour l’interprète principale, Isabelle Carré, l’enjeu était important. D’où sans doute une timidité qui rend le spectacle comme craintif devant la violence des faits rapportés. Isabelle Carré dit le texte avec douceur, d’une façon sensible et attachante. Mais, à l’objet théâtral, il manque sa tension, son nerf, sa percussion. On devrait être bouleversé, on se sent juste informé.
Une femme à Berlin, d’après le texte anonyme « Une femme à Berlin, journal du 20 avril au 22 juin 1945 », traduction de Françoise Wuilmart, adaptation et mise en scène de Tatiana Vialle, décor de Jean Hass, lumières de Dominique Fortin, musique de Dominique Mahut, costumes de Marie-Claude Altot, vidéo de Julien Schikell, avec Isabelle Carré et Swann Arlaud. Théâtre du Rond-Point, Paris, tél. : 0 892 70 16 03. Puis Bruxelles (28-29 octobre), Nice (17-28 novembre), Lyon-Decines (30 novembre – 2 décembre), Conflans-Sainte-Honorine (4 décembre), Taverny (8 décemre), Aix-en-Provence (13-18 décembre). Durée : 1 h 20.
crédit photographique : Brigitte Enguérand



