Paris, Essaïon jusqu’au 27 avril 2010
Une Carmen de Raphaëlle Saudinos
Un mythe joliment revisité

A la Comédie-Française, Véronique Vella est l’une des actrices les plus douées pour le chant et la musique. On la retrouve naturellement mettant en scène, dans un lieu nettement plus marginal, l’Essaïon, un spectacle largement chanté, Une Carmen. Une femme seule s’y exprime à travers la voix parlée et les mélodies. Elle est à la fois l’auteur et l’interprète : Raphaëlle Saudinos a eu l’audace de réécrire la nouvelle de Mérimée, d’y intégrer des airs de Bizet réorchestrés et des chansons nouvelles. Cela fait éclater le genre du cabaret car le personnage existe fortement, en même temps que l’histoire, devenue plus trépidante, plus échevelée, puisque le récit épouse le périple d’une héroïne passant de l’indépendance au mariage et du mariage à la liberté, au prix du plaisir et de la mort.
Peu d’éléments décoratifs sur la scène. La mise en scène table sur la capacité de l’actrice à faire naître tout un monde d’elle-même et de ses sortilèges. Juste quelques costumes rapidement passés font sauter d’un chapitre. Chez Raphaëlle Saudinos, il y a une jolie écriture, une voix qui enchante, une forte et séduisante présence, un talent qui saisit les variations de l’être humain. Le travail musical de Jean-Louis Cortes introduit, avec autant d’humour que d’émotion, des accents jazzy. Ce n’est pas une trahison faite à un mythe, c’est une façon humaine et tendre de le réinventer.
Une Carmen de Raphaëlle Saudinos d’après la nouvelle de Mérimée et l’opéra de Bizet. Arrangements et accompagnement musical de Jean-Louis Cortes, mise en scène de Véronique Vella, avec Raphaëlle Saudinos. Essaïon, tél. : 01 42 78 46 42, les lundi et mardi 19 h 45, jusqu’au 27 avril (1 h 10).



