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Un vertige de Jean Larriaga

par Gilles Costaz

Combat avec un journal intime

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Un vertige de Jean Larriaga
Combat avec un journal intime

A-t-elle bien fait d’acheter un gros cahier rouge ? La femme est seule devant le cahier qui attend qu’on noircisse ses pages. Elle a résisté longtemps, mais, aujourd’hui, elle va devoir écrire, se confesser plume à la main. D’ailleurs cet objet encore vierge, le cahier, lui parle de façon muette : il l’invite, l’incite, le presse à écrire. Ecrire quoi ? Tout ce qu’elle n’a pas osé dire, tout ce qu’elle n’a pas osé affronter. Elle dialogue avec le cahier, qui est elle-même est un autre. Elle s’est promis d’écrire sans revenir sur rien, sans faire de rature. Mais elle commence par une erreur. Sur la première page, à la première ligne, elle s’est trompée de date. Faut-il rayer, renoncer, changer de cahier ? Hanté par la peur de la sincérité, la femme livre un combat irraisonné, où elle risque précisément de perdre la raison.
Jean Larriaga avait écrit ce beau texte sur l’absurde qui nous habite tous, dans la forme d’un vertige croissant, comme le sous-entend le titre. C’était un texte pour un homme, l’auteur l’avait lui-même joué. Larriaga est mort brutalement en 2016.
Pour lui rendre hommage, l’actrice Martine Donboly reprend le texte pour elle-même et a créé le spectacle au Téo Théâtre. C’est une femme qui parle. Elle est couchée au sol quand le spectateur entre. Le journal est à côté d’elle. Un miroir à trois faces est posé non loin de là. La mise en scène d’Yves Chambert-Loir muscle les tourments intérieurs du personnage. Martine Domboly passe dans la sensibilité les obstacles que Larriaga passait d’une manière plus emportée (cinéaste, il se souvenait de tous les grands acteurs qu’il avait vus ou dirigés). Dans cette nouvelle interprétation, le trouble de l’écriture prend une autre épaisseur et une autre fascination et, féminisé, le monologue semble ouvrir d’autres portes. L’actrice apporte une belle vibration courant de l’intériorité à l’épiderme.

Un vertige de Jean Larriaga, mise en scène d’Yves Chambert-Loir, avec Martine Donboly. (Texte à la Libraire théâtrale).

Festival de théâtre de Maisons-Lafitte, place de la Vieille-Eglise, 2 juin, 17 h 30.

Photo Pierre-Anthony Allard.

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