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Tristesse Animal Noir d’Anja Hilling

par Marie-Laure Atinault

Le festival Prémices coup d’envoi, coup de maître !

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Qu’il est donc rassurant et terriblement excitant ce premier Festival Prémices. Le choix des spectacles et les sujets abordés nous ont à la fois déroutés et mis, non pas l’eau à la bouche, mais les neurones en ébullition. Le coup d’envoi est donné au Théâtre du Nord avec Tristesse Animal Noir d’Anja Hilling, la jeune auteure berlinoise. Le spectacle est signé par le collectif Si vous pouviez lécher mon cœur et mis en scène par Julien Gosselin. Le sujet est étrange, six citadins, des bobos bien In, qui ne connaissent de la nature que des cartes postales, organisent un barbecue dans une forêt protégée. Ils sont pédants, condescendants dans leur relation. Ils ont l’argent facile. Le couple avec un bébé, la petite Gloria est un peu le stabilisateur du groupe. Leur discours, leur positionnement dans la société est à l’image de la mondialisation. Qu’ils soient berlinois, parisiens ou londoniens, ils répondent aux mêmes schémas, aux mêmes codes de reconnaissances de groupe, de caste. Un moment d’inattention, de bêtise et le feu embrasse tout. Un incendie terrible qui les entoure, les embrasse, les étreigne et les lèche de ses flammèches incandescentes , dans ses bras de feu. Les six imprudents se retrouvent dans un enfer ou l’esprit et les sens aiguisés pour un sauve qui peut bestial, les éclairent sur une humanité qu’ils avaient oubliée.
Un plateau presque nu avec quelques synthés. Il n’y aura ni arbres enflammés, ni lumières rougeoyantes, ni terre, ni eau, mais de la fumée. Une fumée dense, inexorablement enveloppante. Un peu dérangeante pour le spectateur mais qui grâce à ce désagrément minime, a empathie totale pour les personnages. On a le souffle coupé par la course éperdue de la jeune mère courant chercher son bébé. Les spectateurs sont suspendus au moindre souffle des personnages. Est-ce parce que dans une lucidité un peu brouillée nous savons que finalement nous pourrions être aussi inconséquents que ces incendiaires involontaires. Les monologues parfois se croissent, se chevauchent : a peur, le désespoir, une surconscience aiguisée, à fleur de peau comme les sensations désespérées de ceux qui veulent échappés à ce bûcher des vanités. Six comédiens exceptionnels : Guillaume Bachelé, Antoine Ferron, Noémie Gantier étonnante en jeune homme, Alexandre Lecroc, Victoria Quesnel et Tiphaine Raffier la jeune mère qui arracherait des larmes à des pierres. Julien Gosselin, le metteur en scène, est arrivé à nous faire voir l’invisible, l’indicible. Il a osé un pari difficile qu’il a réussit.
Un début coup de poing pour ce Festival. On ressort du spectacle un peu groggy mais terriblement impatient d’être à demain pour la suite !


Tristesse Animal Noir d’Anja Hilling
Mise en scène Julien Gosselin, avec Guillaume Bachelé, Antoine Ferron, Noémie Gantier, Alexandre Lecroc, Victoria Quesnel et Tiphaine Raffier.
Festival Prémices 03 20 14 24 24

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