Opéra National de Lyon – jusqu’au 22 mai 2011
Tristan et Isolde de Richard Wagner
D’une beauté à couper le souffle
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- 8 juin 2011
- Critiques
- Opéra & Classique
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Chef d’œuvre absolu, Tristan et Isolde, l’opéra dont on dit qu’il rend fou, est, pour qui veut le monter, un défi de taille. L’Opéra de Lyon vient de le relever dans une production d’une qualité exceptionnelle. Orchestre au sommet dirigé par Kirill Petrenko, maestro de 38 ans promis à un avenir lumineux, distribution de grande classe avec d’époustouflantes prises de rôle comme celle d’Ann Petersen en Isolde souveraine. Mise en scène et décors de pure poésie par les magiciens du collectif La Fura dels Baus sous la houlette d’Alex Ollé : une bande Catalans familiers des succès et des provocations.
On oubliera leur Flûte enchantée pour ne retenir, entre autres, qu’un Château de Barbe Bleue de Dvorak envoûtant ou un Grand Macabre de Ligeti et Ghelderode d’une truculence gourmande (voir webthea des 27 janvier 2005, 6 février 2007 & 31 mars 2009). A Lyon, leur dernière cuvée, est d’une beauté à couper le souffle.
Tristan und Isolde vit le jour le 10 juin 1865 sur la scène du Théâtre de la Cour de Münich sur la base d’une légende médiévale maintes fois transposée, réécrite en romans divers, en France et ailleurs. On en attribue la première version au Normand Béroul, écrite croit-on, vers 1170. D’autres suivirent en Angleterre (celle de Thomas d’Angleterre datée 1175 est l’une des plus connue). C’est celle du poète allemand Gottfried von Strassburg qui servit de canevas au livret de Wagner. Lequel écrivait toujours lui-même les textes de ses opéras. Son Tristan est né d’une halte dans la composition de l’Anneau du Nibelung qui allait s’étaler sur vingt ans.
Sous une pâle planète
A Lyon tous les bonheurs au rendez-vous : loin des inutiles illustrations filmées du vidéaste Bill Viola à l’Opéra de Paris en 2005, très proche en revanche de la poésie visionnaire d’Olivier Py qui en fit à Genève et à Angers une inoubliable mise en images et en émotions. (webthea des 14 avril 2005 et 13 mai 2009), Alex Ollé et Alfons Florès son décorateur ont inventé trois espaces à la fois mouvants et immobiles qui localisent et habitent les trois actes.
Acite I : sous une planète pâle suspendue – la lune peut-être, ou un monde à identifier – tourne le pont du navire qui emporte Isolde d’Irlande en Cornouailles où elle doit épouser le roi Marke en gage de paix entre les deux royaumes. Tout est noir, nu, bouge à peine. Isolde affronte Tristan qui tua Morolt, son fiancé et auquel, par vengeance, elle veut faire boire le philtre de mort que lui a légué sa mère, magicienne. Brangäne, sa suivante lui substitue le philtre d’amour. Par calcul ? Par erreur ? Par peur ? On ne le saura jamais… La passion explose, inonde les têtes et les corps des futurs amants.
La planète s’est posée à l’acte II, elle s’est ouverte comme une coquille où des jeux de lumières, des vidéos en transparences en font une tour, une forêt, une clairière. Les amoureux clandestins s’y retrouvent, s’aiment et chantent leur sublime duo d’amour (dans son intégralité, chose rare) et sont trahis. Acte III : la planète s’est refermée, posée au sol avec une lucarne ronde s’ouvrant sur l’horizon, sur la mer invisible d’où doit venir Isolde pour sauver Tristan agonisant...Ils meurent d’amour l’un pour l’autre, en chair et en esprit et la musique de Wagner les fait planer dans leur éternité.
Une version quasi chambriste, des voix exceptionnelles
Kirill Petrenko, star en devenir, futur directeur musical de l’Opéra de Münich et maestro désigné pour le prochain Ring de Bayreuth en 2013, assure une direction fougueuse et tendre. C’est une version quasi chambriste car la taille de la fosse ne peut accueillir les grands effectifs. Mais tous les pastels, tous les tons et les tonalités d’un arc en ciel sonore en jaillissent jusque dans les silences. Et toujours en accord avec les voix, jamais couvertes.
Elles sont, il est vrai exceptionnelles ! Ann Petersen, soprano danoise, s’approprie Isolde pour la première fois. Grande et belle femme aristocratique, reine au timbre souple, coloré, à la projection sans faille, elle offre en prime une sensualité à fleur de peau. Tristan un peu pataud, enfant perdu, au timbre riche, rauque dans les premières scène puis se libérant pour monter aux cimes et couler vers les graves sans y sombrer : Clifton Forbis connaît le personnage et sa musique qu’il fait entendre avec plus de sensibilité que de force. En Roi Marke, Christof Fischesser, admirable d’humanisme est le seul à faire entendre le texte, chaque syllabe chantée de sa voix de bronze est parfaitement articulée. Il est vrai qu’il est allemand et que les voix de baryton et de basse permettent plus aisément le phrasé parlé, Stella Grigorian, mezzo légère, incarne une Brangäne comme une jeune sœur aux abois, Jochen Schmeckenbecher apporte fait de Kurwenal un allié à la fois viril et direct …
Lyon avait un peu oublié Webthea et Webthea avait oublié Lyon durant quelques saisons. Les retrouvailles viennent de se conclure sur un enchantement.
Tristan et Isolde de Richard Wagner, orchestre et chœur de l’Opéra National de Lyon, direction Kirill Petrenko, chef des chœurs Alan Woodbridge, mise en scène Alex Ollé/La Fura dels Baus, décors Alfons Florès, costumes Josep Abril, lumières Albert Faura, vidéo Franc Aleu. Avec Clifton Forbis, Ann Petersen, Christof Fischesser, Jochen Schmeckenbecher, Nabil Suliman, Stella Grigorian, Viktor Antipenko, Laurent Laberdesque .
Opéra de Lyon, les 4, 7, 10, 16 et 22 juin à 18h30, les 13 et 19 juin à 15h.
0 826 305 325 - www.opera-lyon.com





