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Critiques / Théâtre

Très chère Mathilde d’Israel Horovitz

par Gilles Costaz

France-Amérique : Je t’aime moi non plus

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Ah ! Le viager ! Troublante pratique française qu’un étranger peut légitimement trouver bizarre et immorale. Israel Horovitz est parti de là pour écrire Très chère Mathilde. Un jeune Américain un peu fauché débarque à Paris pour vendre l’appartement que son père lui a légué. Mais l’appartement est occupé par une vieille dame : la vente avait été effectuée selon le principe du viager et ce joli domicile qui donne sur le Luxembourg ne peut être cédé. L’Américain s’exaspère mais apprend à connaître l’occupante, la vieille Mathilde, et sa fille, Chloé. Peu à peu les secrets sortent des tiroirs. Il y a eu une longue histoire d’amour entre le père de l’Américain, pourtant marié, et Mathilde. Et la relation ombrageuse entre le jeune homme et Chloé s’apaise et pourrait prendre des couleurs amoureuses. Il est rare que les histoires de viager finissent aussi bien…
Horovitz a écrit là une pièce qui virevolte entre la comédie et le mélo. Derrière les rebonds sentimentaux, touchants et classiques, il exprime ce qui lui tient à cœur - son goût de la France, de l’esprit français – et s’amuse des éternels malentendus qui se créent entre nous et les Américains et nous font jouer sans cesse à « Je t’aime moi non plus ». C’est du théâtre écrit au fil de la plume, toujours bien vu, toujours amoureux de ses personnages. Ladislas Chollat (un jeune metteur en scène qui gravit rapidement les échelons et qu’on retrouvera en d’autres événements, tant il est doué) a su trouver l’intimité des relations dans ce grand paquebot de Marigny. Il a rapproché les acteurs de l’avant-scène, tout en gardant des effets techniques (déplacements des éléments de décor, projections) pour maintenir, le temps des pauses, un climat spectaculaire. Line Renaud se fond avec volupté dans ce personnage de femme âgée frondeuse et passionnée. Raphaëlline Goupilleau donne sa touche gouailleuse et moqueuse à cette Chloé qui s’ouvre à l’amour. Mais, si l’on vient pour Line Renaud qui a le ressort attendu, c’est quand même Samuel Labarthe le héros de la fête. Avec un accent yankee très affirmé, il est bourru et enflammé, solitaire et aimant avec une merveilleuse liberté : il rejoint les grands interprètes des mythiques comédies américains de Hawks ou Capra, lui qui avait déjà repris autrefois au théâtre La Petite Boutique des horreurs. Le cocktail familial est bien dosé : autant de rires que de larmes.
Très chère Mathilde d’Israel Horovitz, adaptation de Michèle Fitoussi, mise en scène de Ladislas Chollat, avec Line, Renaud, Samuel Labarthe, décor de Jeff Servigne, lumières et vidéo, costumes de Marie-Claude Brunet, musique de Frédéric Norel. Théâtre Marigny, tél. : 01 53 96 70 20 (2 h). Texte à L’Avant-Scène Théâtre.

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