Treemonisha de Scott Joplin

Quand le roi du ragtime plaide pour l’intelligence et la fin des superstitions

Treemonisha de Scott Joplin

L’événement musical incontournable de cette fin mars et des premiers jours d’avril se logera au Châtelet de Paris avec la création française de Treemonisha le tout premier opéra noir composé pour des noirs, par un noir en des temps où les ségrégations raciales relevaient de la pratique la plus ordinaire aux Etats-Unis d’Amérique : ce début de 20ème siècle où l’idée d’avoir un jour comme président un homme issu de cette population autrefois esclave devait ressembler au plus invraisemblable des contes de fées. Les temps heureusement ont sacrément changé, Barack Obama est bien là à la tête du pays et Scott Joplin (1868-1917), inventeur du ragtime, pianiste échevelé est depuis longtemps entré dans le panthéon des musiciens de légende.

Après Candide, West Side Story et On the Town de Bernstein (voir webthea des 19 décembre 2006,23 novembre 2007 et 22 décembre 2008), après A Little Night Music de Sondheim (webthea du 18 février 2010), le Châtelet poursuit son exploration des meilleures « musicals » américains, mais celui-ci, plus que les autres, constitue une nouveauté, un objet à la fois politique et musical. Scott Joplin rêvait de se frotter au monde de l’opéra. Il en composa un premier, A Guest of Honour qu’il monta à ses frais avec une troupe, la Scott Joplin Drama Company, spécialement créée dans ce but. Il ne connut qu’une seule représentation, puis l’oubli, sa partition a même disparu. Joplin travailla de longues années à la composition et au montage du second, Treemonisha, créé en 1915 en version de concert, mais il n’en a jamais connu la consécration scénique qui eut lieu… 55 ans après sa mort. Plus qu’un simple opéra, celui-ci est un acte de foi, une dénonciation des superstitions et un plaidoyer pour l’instruction. Le savoir et la culture, comme clés de la libération des peuples. Et aussi, à travers le personnage principal qui est une jeune fille, la nécessité de reconnaître aux femmes la même intelligence, le même pouvoir et les mêmes droits que ceux accordés aux hommes.

Pour cette création hors norme le Châtelet a mis les petits plats dans les grands, histoire d’en faire un repas de fête : l’Ensemble Orchestral de Paris sera dirigé par l’Américain Kazem Abdullah familier de ce type de répertoire, le peintre, créateur d’objets et scénographe Roland Roure - qui vient de réaliser le décor du Mare Nostrum de Mauricio Kagel à la Péniche Opéra – signera les décors, les costumes et la dramaturgie, la chorégraphe Blanca Li prendra soin des danses et de la mise en scène. Grace Bumbry et Willard White, deux sommets du lyrique, seront le papa et la maman de l’héroïne qui donne son titre à l’ouvrage et que chantera la soprano américaine Adina Aaron, une voix à découvrir pour les Parisiens.

Treemonisha opéra en trois actes de Scott Joplin, Ensemble Orchestral de Paris et Chœur du Châtelet, direction Kazem Abdullah, décors et costumes Roland Roure, chorégraphie et mise en scène Blanca Li. Avec, entre autres, Adina Aaron, Grace Bumbry, Willard White, Stanley Jackson, Stephen Salters

Le Châtelet, les 31 mars, 2, 4, 6, 8 & 9 avril à 20h

01 40 28 28 40 – www.chatelet-theatre.com

Crédit photo : Marie Noëlle Robert

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage, elle...

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