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Critiques / Théâtre

Tigrane de Jalie Barcilon

par Gilles Costaz

Le rebelle aux doigts de peintre

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Tigrane a déjà été renvoyé deux fois des endroits où il était scolarisé. Dans son nouveau lycée, cela ne se passe pas beaucoup mieux mais l’une des professeurs croit en ce jeune rebelle, qui n’aime que le dessin et la peinture et n’accepte pas les règles de la société. C’est difficile de faire comprendre à un ado qu’on est prêt à lui donner du temps et une marche à suivre quand on est une femme séduisante. Aussitôt la sexualité se met en route. Le père de Tigrane n’arrange rien dans cette marche vers une libération improbable. Négatif en tout, l’homme âgé a renoncé à tout, sauf à la boisson et à l’addiction aux programmes télé. Tigrane sera-t-il broyé par la machine de l’égalitarisme social ou saisira-t-il l’une des chances qui passent et qu’avec rage, il écarte de son passage ?
Le jury du prix Lucernaire Laurent Terzieff-Pascale de Boysson a bien visé en couronnant la pièce de Julie Barcilon. Le texte a du feu comme son jeune héros, une sorte de Rimbaud de la peinture et du slam. Julie Barcelone monte sa pièce avec un vocabulaire simple et direct : une sorte de passerelle où le héros fait du skate ou peint des œuvres invisibles, des cubes qui figurent les intérieurs où l’action va et vient, une alternance de noir et de lumière qui tient du Caravage – l’un des peintres préférés du jeune graphiste. Tigran Makhitarian (qui joue le rôle central en duo avec Soulaymane Rkiba) est épatant dans le cri et dans le silence ; il est d’une formidable mobilité. Sandrine Nicolas incarne la prof avec une étonnante retenue, très expressive, des émotions et des gestes. Eric Leconte figure très bien ce que peut être l’abandon d’un homme qui a tout raté. Voilà une jeune auteure et une jeune équipe nettement au-dessus du lot commun.

Tigrane de Jalie Barcilon, mise en scène de l’auteur, collaboration artistique de Sarah Siré, lumière de Jean-Claude Caillard, scénographie et dessins de Laura Reboul, son de Sophie Berger, costumes d’Alexandre Chagnon, regard chorégraphique de Thomas Chopin, avec Sandrine, Nicolas, Eric Leconte et, en alternance, Soulaymane Rkiba et Tigran Mekhitarian.

Lucernaire, 21 h, tél. : 01 45 44 57 34, jusqu’au 8 décembre.

Photo Pauline Le Goff.

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