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Théâtre en mai, Dijon

par Gilles Costaz

L’Enéïde, premiers chants

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Les bons festivals ont toujours des moments de surprise, voire de scandale. Théâtre en mai, que dirige à Dijon Benoît Lambert, s’est payé d’audace avec Où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute de Rebecca Chaillon. Toute une équipe de foot féminin y est mise à nu ! Au-delà du spectacle des corps déshabillés et rhabillés, c’est une mise en cause de la pratique machiste du football, de l’esprit nationaliste du sport et un appel à l’amour considéré comme un partage sans frontières. Une sorte de faux match est joué sur une scène couverte de terre devant un vrai match diffusé sur un écran. L’auteure, Rebecca Chaillon, joue d’abord la spectatrice avachie dans les gradins et se gorgeant de chips, jusqu’à ce qu’elle devienne le centre de cette équipe de femmes passant du sport à l’étreinte. Ce n’est pas de la subversion superficielle que ce spectacle favorable aux minorités LGBT. C’est joyeusement explosif !
Dijon a aussi accueilli un spectacle créé l’an dernier, mais dont la carrière est exceptionnelle, Harlem Quartet, une production de la Comédie de Caen, adaptée et mise en scène par Elise Vigier d’après le livre de James Baldwin. L’ouvrage est largement autobiographique. Baldwin y décrit la communauté où il vit en contant le destin d’un jeune chanteur de godspel couronné par le succès mais qu’on trouvera mort un jour dans un pub. Tout au long de ces années 1950, les noirs se débattent contre un héritage évangéliste qui favorise le gagne-pain et les violences sexuelles, les méfiances envers les gays et un recul du racisme proclamé par les autorités mais rarement adopté par la société blanche. La mise en scène imbrique les projections faites à Harlem aujourd’hui et les scènes dialoguées dans une fluidité qui garde un caractère littéraire mais n’en trouve pas moins son évidence théâtrale. Les acteurs, Ludmilla Dabo, William Edmo, Jean-Christophe Folly, Nicolas Gret-Famin, Makita Bemba, Nanténé Traoré, changent parfois de rôle. Ils ont tous une vérité profonde, dans un jeu jamais appuyé, toujours lumineux. Toute la noblesse du grand théâtre subventionné est dans cette réalisation d’Elise Vigier et de la Comédie de Caen.
Sous d’autres cieux est la nouveauté principale de ce festival, puisqu’on a pu voir cette adaptation des six premiers chants de L’Enéide de Virgile par Maëlle Poesy avant son arrivée au festival d’Avignon et une grande tournée. Un élément relie Sous d’autres cieux à Harlem Quartet  : c’est le même auteur, Kevin Keiss, qui signe les deux adaptations, passant de la traduction de l’anglais à la traduction du latin ! (Du moins a-t-il établi une version à laquelle le metteur en scène apporte son propre sens du dialogue). La langue est belle, mais une bonne partie du texte est à lire en surtitre. L’optique de Maëlle Poesy est babélienne. On parle plusieurs langages dans le spectacle. Enée s’exprime en français tandis que Jupiter s’adresse à lui en farsi et Junon en espagnol. Dans un décor fait de niveaux transversaux et horizontaux, le spectacle est rythmé par les allées et venues d’un groupe chorégraphiées selon les gestes de la fatigue et de la lutte. Etrange chorégraphie à vrai dire, bien maîtrisée, mais qui s’impose en contraste avec des tableaux soit plus classiques, soit orientés vers une fantaisie de comédie américaine. L’exil, thème central choisi dans le roman-poème de Virgile, est présenté comme un voyage, une errance dans la diversité du bassin méditerranéen. L’ensemble a de l’allure, même s’il est saccadé et manque d’harmonie esthétique. Les acteurs (Harrison Arevalo, Rosabel Huguet, Philippe Noël) donnent de l’émotion et de la fragilité à une mise en forme très volontariste. La transcription de L’Enéide manque sans doute de rêverie mais point d’énergie et de force.
Quinze spectacles composaient le festival Théâtre en mai. Des artistes comme Carole Thibaut, Céline Champinot, Céline Milliat Baumgardner, Françoise Dô, Myriam Marzouki, étaient aussi à l’affiche d’une manifeestation ouverte par la formidable Ecole des femmes mise en scène par Stéphane Braunschweig. Cela a donné une trentième édition pleine et riche.

Théâtre en mai : le festival s’est tenu du 23 mai au 2 juin, tél. : 03 80 30 12 12.
Où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute : reprise au Nuveau Théâtre de Montreuil, du 3 au 6 juin, et à la Scène d’Orléans, le 13 juin.
Harlem Quartet, reprise de janvier à mai 2020 : Saint-Brieuc, Vire, Martigue, Rouen, Sète, Belfort, Bruxelles, Lille.
Sous d’autres cieux, reprise au festival d’Avignon (cloître des Carmes) du 6 au 14 juillet, puis Dijon du 28 novembre au 7 décembre. Tournée jusqu’en avril.

Photo DR.

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