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Critiques / Opéra & Classique

Terre et Cendres de Jérôme Combier et Atiq Rahimi

par Caroline Alexander

Oratorio de fin de monde, en mots et en images

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Avec un grand classique – Parsifal (voir WT du 13 mars 2012) et une création mondiale – Terre et Cendres -, l’Opéra de Lyon réussit un beau doublé.

Tandis que Wagner déploie ses leitmotivs dans la salle de l’Opéra, c’est sur la scène du Théâtre de la Croix Rousse qu’a été installé le paysage dévasté du décor de Terre et Cendres, opéra que le jeune compositeur Jérôme Combier a composé sur un livret d’Atiq Rahimi. Terre d’Afghanistan à l’heure des guerres avec l’Union Soviétique, à l’heure de toutes les guerres, cendres d’un village bombardé dont il ne reste rien. Une heure à voir et à entendre, une sorte d’oratorio mis en mots et en images sur la misère d’un pays en écho à toutes les misères d’un monde en convulsions.

Né en 1962 à Kaboul, Atiq Rahimi, d’abord exilé au Pakistan, vit en France depuis l’âge de 22 ans. Terre et Cendres est son premier roman, écrit en persan, traduit en français par Sabrina Nouri, publié en 2000 (P.O.L). Trois ans plus tard il en faisait un film remarqué et primé à Cannes par le prix « Regards vers l’Avenir ». Deux autres romans toujours articulés sur le thème de l’exil, suivront, toujours écrit dans la langue de son pays natal. En 2008, c’est en français qu’il publie Syngué Sabour : Pierre de patience, roman qui lui vaut le prix Goncourt.

La pudeur des non-dits

Des phrases courtes, une poésie au quotidien, la pudeur des non-dits, son écriture est faite pour l’oral, pour le dialogue. Et la fusion avec la musique. Une rencontre que Serge Dorny, directeur de l’Opéra de Lyon, avait pressentie. La commande fut passée à Jérôme Combier, né le 17-7-71, ex-pensionnaire de la Villa Médicis, créateur et directeur de l’ensemble Cairn. La mise en scène est confiée au Japonais Yoshi Oida, un homme qui connaît les musiques d’aujourd’hui et qui aime l’ascèse.

Un monde devenu muet

Aux portes d’un village pulvérisé par les bombardements, un vieil homme attend une voiture qui l’emmènerait jusqu’à la mine où travaille son fils. Son petit-fils est à ses côtés. Il lance des cailloux dont il n’entend pas l’impact au sol. Ses tympans n’ont pas résisté au fracas des bombes. Il est sourd, ne le sait pas, croit que le monde est devenu muet. Le grand père ne sait pas comment annoncer à son fils la mort de tous les siens, sa mère, sa femme et tous les habitants du village. Un conteur vient poser des questions au vieil homme et commente ses réponses … Des témoins sortent d’un chœur pour compléter le récit…

Côté jardin, l’orchestre commente les événements presque en sourdine, accompagne les errances, les solitudes, la mémoire figée dans l’impensable. Aux instruments classiques, vents, bois, cordes et cuivres, se greffent des familles de percussions venues de Thaïlande et de Chine. Sous la direction de Philippe Forget, ils apportent une respiration singulière, font couler les sons comme le sang dans les veines, et battre comme le pouls de cœurs qui trébuchent, s’accélèrent et s’apaisent…

Des tragédies planétaires

Hamid Reza Javdan, merveilleux acteur, est le vieil homme au turban dans sa fuite immobile, présence diaphane, voix en demi-teintes de confidences. Il ne chante pas, il parle, tout comme Julian Negulesco, le conteur bonhomme qui interroge et épilogue. L’enfant – Louis Gourbeix, gamin émouvant issu de la Maîtrise de l’Opéra – chante cet univers étrange qui tout à coup a cessé d’émettre des sons. Six choristes, trois hommes, trois femmes, soulignent les ambiances, interviennent de façon un rien chaotique en personnages réels ou imaginés. C’est le point faible d’un spectacle très simple et très beau qui renvoie aux tragédies planétaires contre lesquelles on ne peut rien. Sinon témoigner.

Terre et Cendres de Jérôme Combier et Atiq Rahimi, Ensemble choral et instrumental de l’Opéra de Lyon, direction Philippe Forget, mise en scène Yoshi Oida, décors Tom Schenk, costumes Richard Hudson, lumières Christophe Chaupin. Avec Julian Negulesco, Hamid Reza Javdan, Juan Carlos Benitez, Louis Gourbeix .

Lyon – Théâtre de la Croix Rousse, les 10, 13, 15, 21 mars à 20h, le 18 à 15h.

08 26 30 53 25

Photos : Jean-Pierre Maurin

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