Nancy -Opéra National de Lorraine jusqu’au 12 octobre 2013Nancy -Opéra National de Lorraine jusqu’au 12 octobre 2013

TURANDOT de Giacomo Puccini

L’ultime opéra de Puccini rendu à sa gloire et ses mystères

TURANDOT de Giacomo Puccini

Brillante ouverture de saison de l’Opéra National de Lorraine avec l’ultime opéra de Giacomo Puccini, cette Turandot de glace et de feu, rendue à ses mystères par la direction du chef israélien Rani Calderon, le raffinement de la mise en scène, des décors et des costumes de Yannis Kokkos ainsi qu’une distribution comptant quelques voix exceptionnelles.

A l’aube du XXème siècle, Giacomo Puccini (1858-1924), alors au faîte d’une carrière qui avait additionné les succès – La Bohème, Madame Butterfly, Tosca et autre Fanciulla del West - , découvrait une pièce de théâtre intitulée Turandotte que le dramaturge italien Carlo Gozzi (1720-1806) avait bâtie en 1762 autour d’un conte oriental tiré de la lointaine Perse et des Mille et une nuits. Puccini y trouvait les thèmes chers à son inspiration, la complexité des comportements humains, les errements des âmes et des corps, tous les ingrédients d’une fresque psycho-socio-sentimentale « pour faire vibrer, disait-il, l’émotion du public comme les cordes d’un violoncelle ». Il y injecta toute sa passion. Sa passion l’emporta au paradis de ses héros, avant d’avoir pu rédiger le mot « fin ».Toscanini eut l’idée d’en confier le duo final au jeune Franco Alfano qui s’en acquitta avec doigté. Quelques dizaines d’années plus tard, Luciano Berio lui composa une autre fin, plus ample, plus musicalement différente. C’est la classique première version de 1924 qui a été retenue à Nancy.

Refoulements intimes et clameurs des foules

Dans ce drame, les refoulements intimes se mêlent à la clameur des foules et les personnages tout comme les paysages respirent des parfums d’orient. Turandot, princesse frigide par vœu en mémoire d’une ancêtre morte violée, ne donnera sa main et son corps qu’à l’homme qui réussira à résoudre trois énigmes impossibles. Tout postulant qui échouera aura la tête tranchée. Turandot est belle. Les prétendants sont légions et leurs têtes roulent. Calaf sera le premier à deviner et révéler le mystère des énigmes. Turandot est terrorisée à l’idée de devoir céder. Calaf lui laisse une chance : si elle découvre son identité avant l’aube, il acceptera de périr. Par amour pour elle. Toute la ville s’ébroue à la recherche de son nom. Liu, l’esclave amoureuse qui accompagne Timur son père, l’empereur en exil, et qui ne le connaît que trop bien, préfère se suicider plutôt que de le livrer… A l’aube, la princesse de glace va fondre d’amour à son tour. Calaf reçoit sa récompense.

Avec un raffinement subtil, Yannis Kokkos tourne le dos aux chromos de carte postale et à tout orientalisme de pacotille. Il agit et illustre en peintre et en graveur d’estampes. En noir, en rouge, à l’encre de Chine, au pinceau d’huile ensanglantée, les images défilent sur le fond d’un décor unique, une colonne centrale où se reflète un globe de verre et où apparaissent, étagées, les silhouettes de l’empereur et de son inaccessible fille… Les images défilent : pagodes en relief, lune blême crânes de cire blanche, coiffures en touffes pointues et somptueux costumes en soie et brocards, aux détails méticuleux parfois pleins d’humour comme les chemises bariolées du trio burlesque Ping, Pang, Pong. Un régal pour les yeux doublé d’un ravissement pour les oreilles.

Les voix dominent les tempêtes musicales

Les voix ont suffisamment de puissance pour dominer les tempêtes musicales pucciniennes. En marionnettes déjantées et voix se répondant comme en échos, Chang Han Lim, François Piolino et Avi Klemberg forment avec drôlerie le trio Ping, Pang, Pong , la basse hongroise Miklos Sebestyén campe un Timur exilé au timbre un rien fatigué mais plein d’humanité, John Pierce apporte clarté et précision au personnage d’Altoum.

Liu, la sacrifiée d’amour s’incarne parfaitement dans le timbre lumineux et les aigus émus de la jeune soprano coréenne Karah Son. Dans le rôle- titre, la soprano allemande Katrin Kapplusch aux aigus tranchants et aux graves d’airain, impose une personnalité carrée, une présence solide et fragile tout à la fois. C’est le Calaf du jeune ténor coréen Rudy Park qui crée le choc et la surprise. Inconnu à ce jour en France malgré un début de carrière déjà remarqué dans son pays et surtout en Italie où il vit, il sidère par une incroyable puissance vocale. Haut de taille, large de carrure, il associe à son allure de géant, un timbre d’une force ahurissante, des aigus s’élevant jusqu’au contre-ut qui se conjuguent avec un medium de baryton, le tout avec un naturel qui semble couler de source. « Nessun dorma » mit la salle en extase et fut accueilli par une salve d’applaudissements.

Du relief et de la vie

La jolie salle à l’italienne de la place Stanislas, sa scène, sa fosse mettent à l’étroit les musiciens, leurs instruments classiques enrichis de glockenspiel et autres gong chinois, les choristes en surnombre – ceux de l’Opéra National de Lorraine, renforcés par ceux du de l’Opéra-Théâtre de Metz et ceux du chœur d’enfants et élèves du conservatoire régional. Le chef israélien, Rani Calderon, 34 ans, a parfois du mal à maintenir la cohérence de cette masse sonore– un petit rodage y remédiera – mais il pratique l’art de communiquer son enthousiasme, de colorer les plans, de leur donner du relief et de la vie. C’est-à-dire l’essentiel.

Turandot de Giacomo Puccini, livret de Giuseppe Adami et Renato Simoni, d’après la pièce Turandotte de Carlo Gozzi. Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction Rani Calderon chœur de l’Opéra National de Lorraine et de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole, direction Merion Powell et Nathalie Marmeuse Mise en scène décors et costumes Yannis Kokkos, lumières Patrice Trottier, dramaturgie Anne Blancard, chorégraphie Nathalie Van Parys. Avec Katrin Kapplusch, Rudy Park, Karah Son, Miklos Sebestyén, Chang Han Lim, François Piolino, Avi Klemberg, John Pierce, Florian Cafiero .

Nancy – Opéra National de Lorraine, les 4, 8, 10 & 12 octobre à 20h, le 6 à 15h.

03 83 85 30 60 – www.opera-national-lorraine.fr

Photos : Opéra National de Lorraine

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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