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Critiques / Opéra & Classique

Stéphanie d’Oustrac, Paname et Monte-Carlo

par Christian Wasselin

Stéphanie d’Oustrac fait sienne l’acoustique du Dôme de l’Éléphant Paname, qui exige le meilleur de ceux qui s’y produisent.

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ON APPLAUDIT AUTANT, CHEZ STÉPHANIE D’OUSTRAC, la chanteuse que la comédienne. Avec son mezzo fruité capable d’aigus imparables, Stéphanie d’Oustrac conduit des lignes de chant avec un aplomb et une souplesse qui font merveille. On en a eu la preuve récemment, sur la scène de l’Opéra Bastille, avec sa toute première Cassandre des Troyens  : une incarnation réellement saisissante, l’un des rares motifs d’enthousiasme d’une production par ailleurs révoltante à bien des égards. Inutile de la comparer à Anna Caterina Antonacci ou à Marie-Nicole Lemieux, qui sont l’une et l’autre de mémorables Cassandre : Stéphanie d’Oustrac a son timbre et sa manière, qu’on peut d’ailleurs difficilement dissocier de sa façon d’incarner un personnage. C’est là qu’il faut citer la comédienne : impérieuse, imaginative, présente en un mot, comme le montre le dévédé de Béatrice et Bénédict enregistré à Glyndebourne en 2016 (Opus Arte), où elle est une Béatrice déchaînée, mélancolique ou rageuse quand il le faut.

Dans le cadre du cycle « L’Instant lyrique » organisé à l’Éléphant Paname, Stéphanie d’Oustrac s’attaquait évidemment à un répertoire plus intime, fait avant tout de mélodies. On rappellera pour l’anecdote qu’elle est l’arrière-petite-nièce de Francis Poulenc, ce qui ne l’empêche pas d’aborder avec brio les 3 Poèmes de Louise de Vilmorin de son arrière-grand-oncle. Mais Poulenc reste Poulenc, et il n’y a guère qu’« Aux officiers de la garde blanche, la troisième de ces mélodies », qui réussisse vraiment à nous troubler. Dans la pathétique Dame de Monte-Carlo, les talents de diseuse de Stéphanie d’Oustrac font merveille, mais on mesure ce qui sépare Poulenc d’un Debussy en écoutant simplement Recueillement, sur un poème de Baudelaire, où l’interprète magnifie les harmonies les plus ambiguës imaginées par le compositeur.

On glisse vers l’opéra avec un extrait (trop court, trop fragile) de L’Enfant et les Sortilèges, puis avec « Ah, la pitoyable aventure » de L’Heure espagnole, qui montre combien Stéphanie d’Oustrac est à l’aise dès qu’il y a du théâtre dans l’atmosphère. Jusque-là discret et attentif, Antoine Palloc martèle tout à coup l’introduction instrumentale de l’Air des lettres de Werther, interprété sans pathos. Suivent trois bis qui vont de la Séguédille de Carmen à une tendre berceuse de Falla via « Je t’adore, brigand » de La Périchole : jusqu’au bout, on apprécie l’intelligence expressive de la chanteuse, on goûte également une voix qui ne se détimbre jamais, même dans les aigus extrêmes, et qui apprivoise l’acoustique sèche, donc impitoyable, de la salle. Stéphanie d’Oustrac nous ravit dans les mélodies les plus capiteuses, dans les airs où il ne suffit pas de chanter pour convaincre : on a très envie de la retrouver sur scène, dans un personnage digne de son étoffe.

Photo : Perla Maarek/dr.

Stéphanie d’Outrac chante Poulenc, Debussy, Ravel, Massenet ; Antoine Palloc, piano. « L’Instant lyrique » à l’Éléphant Paname, 18 mars.

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