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Splendeur et Misère d’une costumière

par Gilles Costaz

Les couleurs en fête d’une femme de l’ombre

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Le costumier a beau aimer l’éclat et les couleurs, il reste dans l’ombre des théâtres où la gloire ne se donne qu’aux acteurs, au metteur en scène et à l’auteur. Les créateurs de costumes viennent quand même saluer à la première dans le théâtre subventionné, ils n’apparaissent jamais sur une scène dans le théâtre privé. Certains événements, comme les Molières, les mettent un peu en lumière, mais cela ne dure guère. Pascale Bordet est l’une des rares artistes du genre à parvenir aux franges du renom. Elle a eu justement des Molières, a publié plusieurs livres et a porté le lourd poids du tissu à choisir, à tailler, à draper et à ajuster pour de très nombreux spectacles du privé – on citera, pour le plaisir, La Folle de Chaillot de Giraudoux, avec Anny Duperey, ou bien, Michel-Ange ou les Fesses de Dieu de Jean-Philippe Noël, avec Jean-Paul Bordes.
Chez Pascale Bordet, tout est suractivité de l’œil et de la main. Ce livre, comme ces costumes, est tracé à la main : il est composé de ses planches dessinées et peintes - auxquelles répondent parfois les parfaites photos de Laurencine Lot, où les costumes sont portés par les comédiens et ainsi arrivés en scène, et des témoignages d’interprètes (Huster, Duperey, Bouquet..) – et de billets écrits à la plume, d’une main d’écolière qui n’a jamais désappris à bien faire les lettres. Dans ses textes, la créatrice se raconte un peu : à 18 ans, elle est arrivée à Paris et a été couturière à tout faire à l’Opéra, puis a travaillé avec Suzanne Lalique. Mais elle parle peu d’elle-même. Ses propos tout simples sont d’une justesse foudroyante. C’est un art poétique du costumier qu’elle compose, en allant bien au-delà des secrets de fabrication. A la page « La Laideur embellie », elle dit : « Au théâtre, il y a aussi le chaos, la saleté, l’ordure, la décrépitude mais ce n’est regardable qu’à travers la transcendance, la transformation magique d’un conte illustré artistiquement ».
A la ville, Pascale Bordet s’habille uniquement de vêtements blancs, comme si elle attendait les couleurs pour les donner à ceux qui vont en scène. Ou comme si la vie était une infinie rame de papier à emplir de formes et de coloris. Pascale Bordet aurait pu être une affichiste. D’ailleurs, elle l’est tant ses planches sont à la fois du dessin, des couleurs, une action en mouvement ou naissant de l’immobilité. On pense à Mucha, à Cappiello, à Savignac. Son livre, ce luxueux cahier d’une écolière dont les abondants croquis participent sans cesse à la fête parisienne, est un très beau livre d’art et de chuchotements.

Splendeur et Misère d’une costumière de Pascale Bordet, photographies de Laurencine Lot, préface de François Morel. Editions HC, 29,90 euros.

Illustration de Pascale Bordet : rubrique Désobéissance.

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