Paris, guichet Montparnasse jusqu’au 11 juin 2010
Sous le masque tu es mortel pauvre orphelin ! de Jean-Gabriel Nordmann
La confession de Polichinelle

Un homme masqué assure le spectacle : c’est Polichinelle lui-même qui, non seulement, joue de toute sa fougue son personnage mythique, mais passe derrière le décor pour manier des marionnettes dans le cadre d’un castelet et au-delà. Pourtant ce fier-à-bras de Polichinelle n’est pas heureux. Dès la première minute, il se sent agressé, houspillé par un fantôme, qui doit être sa conscience. Heureusement, il peut discuter avec le directeur du théâtre qui, à droite du castelet, range les billets et la recette sur une petite table. Il commence son spectacle mais, plutôt que de dévider toujours les mêmes histoires, il parle de lui-même, se souvient du temps où il était à l’école, remonte à sa petite enfance de garçon définitivement oublié chez une nourrice, se revoit en train de courtiser enfin une jolie fille et d’être repoussé, parce qu’il est laid. Le ton monte parfois avec le directeur, pourtant très tolérant face à certains épisodes contraires à la décence. Mais Polichinelle, qui fait mine de partir, continue et se trouve nez à nez avec la Mort. C’est elle qui lui assène : « Sous le masque tu es mortel pauvre orphelin ! ». Polichinelle relève alors le défi d’un combat avec la Mort…
Jean-Gabriel Nordmann a pris le genre et les conventions à contre-pied.
Ce spectacle avec marionnettes n’est pas du tout pour enfants. Il est un peu cru, un peu obscène, tout à fait hostile au pouvoir et aux puissants. La force de la pièce, c’est que Nordmann sait additionner, dans le rythme d’un dialogue qui crépite, une insolence truculente et une douleur émouvante. Il a trouvé dans la compagnie du Faux-Col, basée à Meung-sur-Loire, une équipe qui a le sens du théâtre de tréteaux incendiaire. C’est d’ailleurs ce Faux-Col qui a passé commande de ce texte à l’auteur, lequel n’a pas livré un canevas mais une vraie comédie noire toujours renouvelée. Dans le rôle de Polichinelle, Laurent Dupont fait preuve d’une véritable virtuosité, menant de front le jeu masqué et le travail de marionnettiste. Il a aussi le poids des grands interprètes forains. Directeur de la troupe, Renaud Robert joue les directeurs à la scène de manière toute compacte, dans un style bourru qui réjouit. Les marionnettes de Francis Debeyre sont d’une méchanceté audacieuse. L’ensemble marie le populaire et le savant dans un mouvement emballant.
Sous le masque tu es mortel pauvre orphelin ! de Jean-Gabriel Nordmann, mise en scène de Renaud Robert, masques et marionnettes de Francis Debeyre, avec Laurent Dupont et Renaud Robert. Guichet-Montparnasse, tél. : 01 43 27 88 61, les mercredi et vendredi à 19 h, jusqu’au 11 juin



