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Critiques / Théâtre

Signé Dumas d’Eric Gély et Eric Rouquette

par Gilles Costaz

Le maître du roman populaire et son nègre

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Ce fut un succès à la création en 2003, joué par Francis Perrin et Thierry Frémont, dans une mise en scène de Jean-Luc Tardieu. Il y eut ensuite un film, avec Depardieu et Poelvoorde. Voilà que la pièce de Cyril Gély et Eric Rouquette revient, identique et différente, prise en main par un autre metteur en scène, Tristan Petit Girard, et deux nouvelles personnalités d’acteur, Xavier Lemaire et Davy Sardou. L’on est dans le château de Monte-Cristo que Dumas vient de se faire construire à Port-Marly et qui n’est pas tout à fait terminé. En 1848, l’auteur des Trois Mousquetaires est au faîte de sa gloire, mais les dettes s’accumulent. Ce château de seigneur coûte une fortune. Est-ce que le « nègre », celui qui écrit dans l’ombre, fait la moitié du travail, l’obscur Auguste Maquet, travaille assez et assez vite ? Justement, il est là, au bureau, grattant à la plume d’oie chapitre sur chapitre, parlant peu à son illustre exploiteur. Mais il va s’exprimer davantage quand les nouvelles vont bousculer la tranquillité d’une demeure faite pour éblouir le beau monde mais aussi pour favoriser l’inspiration loin des tumultes de Paris : d’une part, Dumas n’est pas en mesure de payer le salaire du nègre ; au contraire, il lui emprunterait bien quelques milliers de francs. D’autre part, un bruit selon lequel le roi Louis-Philippe aurait abdiqué arrive jusque dans ce lieu isolé. Faut-il galoper d’urgence à Paris ? Et, si le maître du feuilleton populaire doit partir toutes affaires cessantes, va-t-il se mettre du côté des nobles ou du côté du peuple ? Maquet le muet a des choses à dire à Dumas le vibrionnant.
Le bureau, où se passe l’affrontement, reproduit avec liberté d’une des salles du château de Dumas : c’est gothique et romantique à la fois. La mise en scène de Tristan Petitgirard s’amuse des détails et se développe avec une merveilleuse minutie dans le tempo et la relation, plus biseautée que frontale, des personnages. Xavier Lemaire joue d’abord Dumas comme un geyser sortant du sol : il est la vie, la sensualité, la jovialité, l’inconscience. Après s’être emparé de son personnage historique en faisant voler en éclats les images scolaires que nous en avons, il sait entrer dans les zones plus troubles des contradictions et des conflits. En face de lui, Davy Sardou est tout aussi étonnant car il interprète l’exact contraire de Dumas : le Maquet de Sardou, le visage encadré de longs favoris, est sombre comme la nuit, fermé sur lui-même, replié dans la froideur et l’humiliation de ceux qu’on réduit au travail d’exécution. Mais les auteurs (qui, manifestement, prennent le parti de Maquet) donnent à cet anti-héros l’occasion de sortir de l’oubli et de la grisaille : Sardou sait alors éclairer ces moments de révolte et de vérité avec une intensité où s’additionnent admirablement une méchanceté refoulée et une noblesse blessée. Pour sa part, dans un rôle de messager furtif, Thomas Sagous est à l’unisson, vrai dans une légère fantaisie.
Bien entendu, la belle pièce de Gély et Rouquette traite du mystère littéraire de l’écriture à deux, quand l’un signe seul et quand l’autre fait une petite ou une grande part des textes. Mais ce thème, comme celui de la petitesse politique de certains grands esprits, ne sont jamais abordés d’une manière qui souligne, définit ou pérore. Ici, mots, mise en scène et jeu scintillent dans la souplesse de l’intelligence.

Signé Dumas de Cyril Gély et Eric Rouquette, mise en scène de Tristan Petitgirard, assistanat d’Aurélie Bouix, décor d’Olivier Prost, lumières de Denis Schlepp, costumes de Virginie H., son de Vincent Lustaud, musique de Laurent Petitgirard, ave Davy Sardou, Xavier Lemaire et Thomas Sagols.

Théâtre La Bruyère, 21 h, tél. : 01 48 74 76 99. Texte aux Quatre Vents – L’Avant-Scène Théâtre. (Durée : 1 h 20).

Photo Laurencine Lot.

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