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Critiques / Théâtre

Sept Morts sur ordonnance d’après Georges Conchon et Jacques Rouffio

par Gilles Costaz

Une mise en scène chirurgicale

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Le film de Jacques Ruffio et Georges Conchon, avec une pléiade de grands acteurs (Piccoli, Depardieu, Birkin), avait mis en lumière, en 1976, un aspect peu glorieux du monde médical : les grands patrons des établissement hospitaliers privés se livrent souvent une guerre sans merci, sans aucun souci de la morale d’Esculape. Conchon, pour son scénario, avait respecté les éléments vrais d’un fait divers à deux étages. Dans une ville de province, un chirurgien s’était donné la mort. Puis, quinze ans après, dans la même ville, un autre chirurgien se suicidait. Le film cherchait le lien entre les deux suicides et le trouvait : à coups de propositions, de menaces et de harcèlements divers, un puissant chef de clinique parvenait à briser le moral des praticiens qui lui faisaient de la concurrence et refusaient de venir travaillaient avec lui. C’est donc ce que conte la pièce qu’ont tirée du film Anne Bourgeois et Francis Lombrail. Les deux adaptateurs ont pris un angle tout à fait opposé à celui du film. Au lieu d’opter pour les détails concrets et l’abondance du dialogue, ils se sont mis à distance. Les scènes sont courtes, les propos sont secs. La mise en scène d’Anne Bourgeois accentue ce côté glaçant. Il n’y a pas véritablement de décor, mais des lumières de néon et des variations de couleurs dessinent l’espace et le modifient.
C’est une mise en scène chirurgicale ! Et un dessin au scalpel sur un monde abstrait et coloré. Aux comédiens de donner leur puissance charnelle, et l’on est l’on est dans l’intensité avec Bruno Wolkowitch, qui brasse secrètement une foule de tourments, Claude Aufaure, à la fois plaisant et effrayant dans la traduction du machiavélisme mondain, Valentin de Carbonnières, très percutant, Julie Debazac, subtile, sensible, changeante au cœur de ce monde d’hommes, Francis Lombrail, qui joue toujours fort bien la quotidienneté et la fragilité, Jean-Philippe Puymartin, parfait dans l’ambiguïté souriante, Jean-Philippe Bèche, qui donne du relief à un rôle de l’ombre et Bruno Paviot, qui sait être faussement banal. L’adaptation manque un peu de chair, mais pas cette interprétation et cette nouvelle mise en scène d’Anne Bourgeois, d’une intelligence de tous les instants.

Sept Morts sur ordonnance, adaptation théâtrale d’Anne Bourgeois et Francis Lombrail d’après le film réalisé par Jacques Rouffio et le scénario original de Georges Conchon, mise en scène d’Anne Bourgeois, avec Bruno Wolkowitch, Claude Aufaure, Valentin de Carbonnières, Jean-Philippe Puymartin, Julie Debazac, Francis Lombrail, Jean-Philippe Bèche, Bruno Paviot.

Théâtre Hébertot,, 21 h, tél. : 01 43 87 23 23. (Durée : 1 h 45).

Photo Laurencine Lot : Bruno Wolkowitch et Julie Debazac.

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