Accueil > Season Affective Discorder de Lola Molina

Critiques /

Season Affective Discorder de Lola Molina

par Gilles Costaz

Le road-movie des hors-la-loi

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Qu’est-ce que ce titre en anglais ? Qu’est-ce que ce récit qui se passe en France mais semble nourri de toute une mythologie américaine, entre Bonnie and Clyde et Sailor et Lulla ? Péchés de jeunesse. Et aussi qualités de jeunesse, car le texte syncopé de Lola Molina prend et emporte le spectateur de la première à la dernière seconde. Dans un bar, un homme mûr rencontre une gamine. Elle a 14 ans et une soif de liberté et d’indépendance absolue. Il lui propose le refuge de sa chambre d’hôtel. C’est le début d’une cavale qui ira de la porte de Bagnolet, à Paris, au bord de mer puis en région parisienne. La police cherche la jeune fille. Il n’y a pas de meurtre mais, parce qu’elle est mineure et pour d’autres raisons, la fille est hors la loi. Pour conclure, une fin de tragédie.
La pièce de Lola Molina a été saluée, lue et couronnée en maints endroits : Mardis Midi des EAT au théâtre 13, prix des Journées des auteurs de Lyon, prix Lucernaire Laurent Terzieff-Pascale de Boysson... Il a un souffle, une musique, un chant exceptionnels. C’est un blues littéraire, un texte dramatique qui a des allures de roman et de film. La mise en scène de Lélio Plotton emploie des moyens sophistiqués (son tournant en multicanal, vidéo d’images quasi abstraites sur un écran légèrement en retrait, au centre de la scène, micros pour varier l’intensité des voix) pour atteindre à une parfaite simplicité. Car, face à cette œuvre faite du récit de l’homme alternant avec des scènes dialoguées, tout repose sur les deux comédiens, souvent dans la narration et brusquement dans l’action, dans un jeu à deux intense et épuré. Anne-Lise Heimburger passe magnifiquement du calme à l’explosion d’une pile électrique ; son interprétation est savante et infiniment touchante. Laurent Sauvage possède, lui, une épaisseur, une maîtrise qui charrient une émotion toujours contenue et toujours tranchante. Jamais de surcharge ou d’effet dans la mise en scène, complexe et pourtant si dépouillée ! Ce road-movie sur 10 mètres carrés pince le cœur et l’âme. Avec la compagnie Léla, que dirigent Lélio Plotton et Lola Molina, l’on a affaire – c’est évident – à des artistes qui cavalent déjà en tête de leur génération.

Season Affective Disorder de Lola Molina, mise en scène de Lélio Plotton, son de Bastien Varigault, vidéo de Jonathan Michel, lumières de Françoise Michel, avec Anne-Lise Heimburger et Laurent Sauvage.

Lucernaire, 21 h, tél. : 01 42 22 66 87, jusqu’au 31 mars. A Vierzon le 28 mai. Texte édité aux Editions Théâtrales. (Durée : 1 h 20).

Photo Victor Tonnelli.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.