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Critiques / Musical

Roger Norrington dirige l’Ensemble orchestral de Paris

par Christian Wasselin

Théâtre des Champs-Élysées, mardi 22 février 2011

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Il est permis de n’éprouver qu’un amour raisonné pour le Concerto pour violon de Beethoven, partition certes apollinienne mais dont le premier mouvement, en particulier, n’en finit pas de nous bercer sans jamais nous surprendre. Or avec Patricia Kopachinskaja, un concerto n’est pas qu’une partition à caresser : c’est aussi un vitrail à cisailler, comme elle nous l’a montré au Théâtre des Champs-Élysées en compagnie de l’Ensemble orchestral de Paris que dirigeait Roger Norrington ce 22 février. On aurait pu craindre que, faute de répétitions, le chef et la soliste suivent des chemins parallèles. Or l’un et l’autre se connaissent et s’apprécient, et Patricia Kopatchinskaja joue sans vibrato, ou plutôt avec un vibrato contrôlé, non pas pour complaire à Sir Roger mais parce que la proposition lui plaît. D’où ce violon incisif, tendre, qui peut heurter et qui heurte en effet au début, mais qui à partir du deuxième mouvement se fait chant indomptable, presque improvisé. C’est qu’entre-temps la soliste, à la fin de l’Allegro initial, nous a offert une cadence de son cru : page débridée, avec premier violon (de l’orchestre) et timbales obligés, inspirée de celle que Beethoven destinait à la transcription pour piano de son concerto. Moment singulier qui se reproduira, à moindre échelle, dans les autres et plus brèves cadences jouées dans les mouvements suivants, et dont on retrouvera l’énergie, cette fois décuplée, lors d’un bis décoiffant, mi-joué, mi-murmuré : Crin de Jorge Sanchez-Chiong.

Le concert se poursuivait par deux œuvres qui ont peu à voir entre elles. La Cantate n° 4 pour mezzo soprano et cinq violoncelles, d’après le Sonnet LXVI de Shakespeare, page sans aventure chantée par Élodie Méchain, et la Deuxième Symphonie de Schumann.

L’Ensemble orchestral de Paris est une formation dite Mozart, renforcée de trombones, par exemple, si besoin est. Mais il arrive dans ce cas que le nombre limité de cordes montre les limites de l’exercice. Et dans l’Adagio espressivo de la Deuxième Symphonie, en particulier, desservi par un tempo trop mouvant et une clarinette sans poésie, le climat n’y était pas tout à fait, faute d’un tapis de violons décrivant l’infini, de même que manquait dans le mouvement perpétuel du Scherzo ce jeu agressif, rageur, qui en fait la nerveuse beauté. Roger Norrington n’a pas son pareil cependant pour doser la dynamique, pour donner de l’élan à la musique, pour demander aux instrumentistes de jouer sans vibrato, sauf à des fins expressives. D’où ces couleurs dépaysantes et sombres qu’on aurait aimé, pour être entièrement heureux, prises dans un dessin plus marqué.

Christian Wasselin

Théâtre des Champs-Élysées

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