Toulouse – Théâtre du Capitole jusqu’au 14 octobre 2012

Rienzi de Richard Wagner

Résurrection réussie d’un monument de mauvaise réputation

Rienzi de Richard Wagner

C’est à Toulouse que l’événement de la rentrée lyrique vient d’avoir lieu. Rienzi, troisième opéra d’un Richard Wagner encore balbutiant n’avait plus été présenté en version scénique en France depuis sa création parisienne au théâtre Lyrique Impérial en 1869. Et ce n’était alors qu’un ersatz : une version tronquée traduite en alexandrins !

Voici donc enfin la version originale légèrement raccourcie, les six heures de représentation de la création – présentées alors en deux soirées - ayant été ramenées à une représentation unique de trois heures et cinquante minutes. Le texte et la musique du futur homme de Bayreuth affronte donc pour la première fois les feux d’une rampe française.

Injouable, inchantable, impossible à monter ! La réputation de Rienzi pourrait décourager les plus intrépides. Le Théâtre du Capitole a relevé le défi en beauté.

Aux commandes de cette résurrection hors normes, un chef rompu au répertoire wagnérien, Pinchas Steinberg et à la mise en scène Jorge Lavelli, cet Argentin de Paris dont les réalisations ont conquis depuis quelques décennies les espaces du théâtre et de l’opéra en France et dans le monde.

Pour ce Rienzi, ils sont les premiers en France mais l’Allemagne a depuis pas mal de temps remis l’œuvre à l’affiche. Wagner, reniant ses débuts, n’en voulait pas à Bayreuth. Le dernier gardien du temple, Wolfgang Wagner ayant rejoint le Walhalla, ses descendants et nouveaux dirigeants l’accueilleront lors de la prochaine saison.

Après Les Fées, et La Défense d’Aimer, ses deux premiers opéras, Wagner voulait bâtir un monument capable de se mesurer au grand opéra à la française dont Meyerbeer était le représentant envié. Il en trouva le sujet dans un roman anglais relatant l’histoire vraie de Cola di Rienzo, notaire du pape au XIVème siècle qui tenta d’instaurer une république à Rome. Sa création à Paris fut un échec.

La volonté de faire fort

A Rome au XIVème siècle… Un plébéien, orateur d’envergure, Cola Rienzi, veut établir la paix entre les patriciens et le peuple pour que naisse une république qui unifiera l’Italie. Les nobles se révoltent et complotent. La sœur de Rienzi aime le fils de l’un d’eux, Adriano. Lequel est balancé entre la fidélité à son amour et le devoir filial. Insurrections et rebondissements en cascade s’enchaînent sans véritable ligne directrice, ou narration continue. C’est compact et touffu, bâti, dirait-on, sur la seule volonté de faire fort..

Ce Rienzi de jeunesse est manifestement l’œuvre d’un compositeur à la recherche de son devenir. Toutes les influences s’y croisent. Meyerbeer bien sûr - on pense aux Huguenots - et aussi Halévy, Weber, Auber, Bellini et d’autres, de son temps ou antérieurs, dont il captait des bouts de style. Mais le futur Wagner pointe déjà ses mesures. Dès l’ouverture on entend, on devine, ici et là, des effluves qui annoncent Tannhäuser, Lohengrin, Tristan et même Parsifal.

Un monde de pierres et de rocailles

Jorge Lavelli axe sa mise en scène sur un minimalisme monumental. Des hauts murs métallisés se scindent en parties mobiles, aucune illustration décorative ne vient en troubler – ou aérer ? – la rigueur. Les costumes comme les décors se conjuguent sur la simplicité et l’unicité des couleurs et des matières. C’est un monde figé, un monde pierres, de rocailles et de terre où les vivants ont déjà le teint blanc des morts. Une sorte d’uniformité se dégage de l’ensemble. Lassante durant les premiers actes où l’on peine parfois à distinguer qui est qui et quoi, puis, se rompant en union avec l’explosion de la musique, se trempant de pluie, de sang et de feu. Le final est superbe.

Les chœurs occupent autant de place que le héros du rôle titre. Près d’une centaine d’individus, chanteurs et choristes occupent le plateau. Une cinquantaine de choristes de la Scala de Milan ont été appelés en renfort. La performance de l’ensemble sous la direction d’Alfonso Caiani est remarquable. Comme l’est celle de l’Orchestre National du Capitole vibrant sous la baguette quasi inquisitrice de Pinchas Steinberg jusqu’à atteindre des sommets de décibels. Au service de l’œuvre tout en respectant les chanteurs.

Torsten Kerl incontestable héros

Une belle distribution où l’on découvre avec ravissement le timbre chaud, le jeu intense de la jeune mezzo soprano Géraldine Chauvet dans le rôle travesti d’Adriano. Marika Schönberg donne beaucoup, sinon trop d’ampleur à Irène, la sœur déchirée de Rienzi. Quand la puissance vocale est mal maîtrisée elle aboutit au cri.

Torsten Kerl est Rienzi. Le « heldentenor » - ténor héroïque allemand, est sans doute le seul de nos jours à pouvoir aborder ce personnage, omniprésent sur scène, exigeant non seulement des prodiges vocaux, mais aussi un charisme à la hauteur des légendes. Il a tout cela, des couleurs à la fois franches et mordorées, un phrasé impeccable, une diction toute de clarté, et une projection alliant puissance et précision. Il est l’incontestable héros de cette production géante.

Rienzi, le dernier des tribuns, de Richard Wagner, livret du compositeur d’après le roman éponyme de Edward Bulwer-Lytton. Orchestre National du Capitole, direction Pinchas Steinberg. Chœur du Capitole et chœur de l’Accademia Teatro della Scala de Milan, direction Alfonso Caiani, mise en scène Jorge Lavelli, scénographie Ricardo Sanchez Cuerda, costumes Francesco Zito, lumières Jorge Lavelli et Roberto Traferri.

Toulouse – Théâtre du Capitole les 30 septembre, 7 & 14 octobre à 15h, les 3 et 10 octobre à 19h30

05 61 63 13 13 – www.theatre-du-capitole.fr

Photos Tommaso Le Pera

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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