Paris, Théâtre de la Ville, jusqu’au 25 janvier
Rêve d’automne de Jon Fosse
La ritournelle du deuil

Un homme entre dans un cimetière et y rencontre une femme qu’il a aimée. Ils s’étreignent d’une façon désespérée. Mais, au même moment, c’est l’enterrement de sa grand-mère. Ses parents arrivent.
Chacun se parle dans un total malentendu, même lorsque la femme légitime arrive à son tour. Jusqu’à ce que le silence du cimetière reprenne ses droits. Telle est la pièce de Jon Fosse que l’on a déjà vue deux fois à Paris, dans une mise en scène de René Loyon, puis dans une mise de David Gery. Au tour de Patrice Chéreau de l’affronter, à l’intérieur d’un grand cycle Chéreau au musée du Louvre, au théâtre de la Ville et au théâtre de l’Atelier.
Mais le grand Chéreau ne peut faire que cette pièce soit totalement convaincante. Elle semblait bancale, et surtout trop bavarde, dans les deux précédents spectacles. Jon Foss est un immense auteur mais, ici, il se heurte à deux écueils : l’incongru de l’amour dans un cimetière (difficile à représenter, Greggory en caleçon frise parfois le ridicule), un dialogue où cet auteur du silence et du mystère se met à parler trop. Au Louvre, le spectacle bénéficiait de la magie du musée et de l’enfilade des salles où s’entrapercevaient les grandes toiles des XVIIIe et XIXe. siècles. Au théâtre de la Ville, Richard Peduzzi reprend cette idée : le musée remplace le cimetière. C’est une belle idée qui fait passer de la réalité à la métaphore. Dans cette transposition, Chéreau fait renaître les morts. La grand-mère, dont c’est l’enterrement, traverse et re-traverse la scène, muette : c’est Michèle Marquais, l’une des actrices phares des spectacles de Chéreau. Un autre personnage, silencieux, s’anime à l’arrière-plan et entre tardivement dans cette circulation des défunts. Même l’épouse de l’homme, jouée par Marie Bunel, apparaît, fantomatique, alors qu’elle ne devrait pas être visible, puisque son rôle ne commence que dans la seconde moitié de la pièce.
Chez les vivants, c’est le pathétique, l’égarement mental, l’assurance bourgeoise qui l’emportent dans cette ritournelle du deuil. Même contraint à des poses un peu triviales, Pascal Greggory est le plus étonnant de la distribution ; il sait être bouleversant dans l’amour et la lâcheté dérisoires de son personnage. Valeri-Bruni Tedeschi, Bulle Ogier et Bernard Verley sont d’assez beaux naufragés d’une tempête mentale.
Mais, s’il y a lieu d’admirer des acteurs et un style, l’impression d’assister à une petite tragédie de la bourgeoisie et de ses clichés saisis dans leur banalité loquace, gâche le plaisir.
Rêve d’automne de Jon Fosse, traduction de Terje Sinding, mise en scène en scène de Patrice Chéreau, décor de Richard Peduzzi, costumes de Caroline de Vivaise, lumière de Dominique Bruguière, conception sonore d’Eric Neveux, avec Valeria Bruni-Redeschi, Pascal Greggory, Bulle Ogier, Bernard Verley, Marie Bunel, Michelle Marquais, Alexandre Styker. Théâtre de la Ville, tél : 01 42 74 22 77, jusqu’au 25 janvier (durée : 1 h 35).
Photo Pascal Victor/ArtComArt



