Les Siècles au Théâtre des Champs-Élysées le 30 mars

Ravel pour les Siècles

L’orchestre Les Siècles redonne sa finesse à Chabrier, ressuscite un concerto de Massenet, nous rappelle combien Ravel est un orfèvre.

Ravel pour les Siècles

IL FUT UN TEMPS où des œuvres comme España faisaient le bonheur des concerts dits populaires au même titre que L’Apprenti sorcier ou la Danse macabre. Beaucoup moins souvent à l’affiche aujourd’hui, cette page a paradoxalement retrouvé ses lettres de noblesse en étant jouée par des formations qui tiennent à en souligner l’allant, l’inspiration, la brillante orchestration. C’est ainsi que l’orchestre Les Siècles, sous la direction de Pierre Bleuse, vient de nous rappeler combien Chabrier, avec ses tutti gaillards et ses moments déliés qui fourmillent de détails (pizzicatos, friselis de la harpe, péripéties enjouées des bois), sait mettre en joie un orchestre, que ce soit dans la pièce qu’on a citée ou dans la non moins truculente Joyeuse marche. Saluons aussi l’efficacité de la disposition des instruments : les violons I et II de part et d’autre du chef, les contrebasses en ligne au fond de la scène, qui donnent un équilibre naturel à l’orchestre.

On fait un bond d’une vingtaine d’années en avant avec le singulier Concerto pour piano et orchestre de Massenet, composé en 1902 et créé l’année suivante par son dédicataire Louis Diémer. Singulier car il s’agit de l’unique concerto écrit par Massenet, singulier aussi car l’œuvre ressemble peu à son auteur, ou plutôt à l’image que l’on se fait du père de Werther et de Manon. Voilà une œuvre amplement développée, virtuose, tumultueuse, faite d’un premier mouvement véhément, d’un Largo tout à coup pourvu d’une section agitée, fébrile, et d’un finale rhapsodique d’ailleurs noté « Airs slovaques » par le compositeur lui-même. Une œuvre que l’on dirait d’un jeune homme qui serait soucieux de montrer ce qu’il sait faire et ne lésinerait pas sur les effets, quoique Massenet ait à cette époque atteint déjà les soixante ans. Une œuvre que Bertrand Chamayou aborde en toute logique sur un piano Pleyel du début du XXe siècle – Les Siècles jouant eux aussi, comme on le sait, sur des instruments historiques –, avec l’intrépidité qui convient, soutenu par un orchestre visiblement heureux de révéler ce concerto bien plus échevelé et généreux que ceux de Saint-Saëns.

Noblesse et sentiment

Après un bis en forme de salut aux cent-cinquante ans de Ravel (un arrangement fait par lui-même des Trois beaux oiseaux du paradis), Bertrand Chamayou permet à l’orchestre Les Siècles d’entamer une seconde partie composée de deux merveilles de raffinement harmoniques et orchestrales : Ma mère l’Oye (non pas la suite de cinq pièces mais le ballet intégral, tel qu’on a pu l’entendre il y a quelques semaines par l’Orchestre national de France) et les Valses nobles et sentimentales.

Ma mère l’Oye aurait peut-être mérité un peu plus du relief promis par les deux œuvres de Chabrier et de la poésie présente dans chacune des mesures de la partition – qui n’avait pas besoin, par ailleurs, des illustrations réalisées en direct par Grégoire Pons et projetées sur un grand écran au fond de la scène : des dessins charmants et délicats mais hors de propos, la musique se suffisant à elle-même, quand bien même il s’agirait d’un ballet. Quant aux Valses nobles et sentimentales, si elles ont moins la faveur des programmes de concert que La Valse du même Ravel, la grâce de leurs contours en fait un ensemble de pages frémissantes que Pierre Bleuse, à la tête des Siècles, dirige d’une manière on ne peut plus enlevée.

Illustrations : Massenet croqué par Sem (dr), Massenet dessiné par sa fille (dr)

Chabrier : Joyeuse marche - España – Massenet : Concerto pour piano et orchestre - Ravel : Ma mère l’Oye, ballet intégral - Valses nobles et sentimentales. Bertrand Chamayou, piano ; Les Siècles, dir. Pierre Bleuse. Théâtre des Champs-Élysées, 30 mars 2025.

A propos de l'auteur
Christian Wasselin
Christian Wasselin

Né à Marcq-en-Barœul (ville célébrée par Aragon), Christian Wasselin se partage entre la fiction et la musicographie. On lui doit notamment plusieurs livres consacrés à Berlioz (Berlioz, les deux ailes de l’âme, Gallimard ; Berlioz ou le Voyage...

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