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Critiques / Opéra & Classique

RICHARD III DE GIORGIO BATTISTELLI

par Caroline Alexander

Les superbes paroxysmes sonores et visuels d’une folie meurtrière

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Départ en force et en beauté de la saison de l’Opéra National du Rhin avec la création en France du "Richard III" de Giorgio Battistelli programmé en association avec le festival Musica dont cette 27ème édition consacre l’un de ses fils conducteurs au nouveau répertoire italien.

La réussite de ce coup d’envoi signe le label du nouveau directeur de la maison, Marc Clémeur, ex-patron de l’Opéra de Flandre d’Anvers et de Gand en Belgique où ce Battistelli de sang et de fureur fut créé en 2005. C’est cette production signée Robert Carsen pour la mise en scène qui prend place sur la scène strasbourgeoise qu’elle met en état de choc, en sons et en images.

Battistelli, 56 ans, musicien imprégné des sonorités de son siècle et de son pays où il se place dans la lignée des Berio, Nono, Rota, est un familier des régions d’Alsace-Lorraine. En 1995, l’Opéra du Rhin assurait la première mondiale de son opéra "Prova d’Orchestra", inspiré du film de Fellini "E la nave va". Six ans plus tard, ce fut le tour, dans la même maison, de "Impressions d’Afrique", promenade musicale dans le monde du poète surréaliste Raymond Roussel, puis, en octobre 2008, c’est l’Opéra National de Nancy qui fit connaître sa mise en opéra du film de Pietro Germi "Divorce à l’Italienne"(voir webthea du 3 octobre 2008). Le cinéma et la littérature servirent de muses à ses premières entrées dans le domaine lyrique, puis le théâtre enfin y traça ses empreintes. Grandeur nature pourrait-on dire avec l’une des œuvres les plus emblématiques de l’immense William Shakespeare, "Richard III", destin contrarié d’un assoiffé de pouvoir que seul le crime en série mène au trône et qui l’y engloutit.

Un portrait d’une seule pièce, un bloc à la dérive

Tout démarre sur un orage intérieur qui roule, soupire et râle : dès les premières mesures, on est emporté dans le flot de violence qui scelle la marque de fabrique du sanguinaire nabot. Le dramaturge anglais Ian Burton, très fidèle à la prosodie du grand Will, en a concentré l’action sur le seul appétit de grandeur du personnage, sur sa rage sanguinaire et sa folie. C’est un portrait d’une seule pièce, un bloc à la dérive auquel il manque sans doute cette part de charme et de charisme, présente chez Shakespeare, qui explique son irrépressible ascendance et qui, comme dans toutes ses tragédies, apporte sa part de comédie. Mais la cohérence du parti pris emporte toute réserve. La spirale de mort qui va engloutir la dynastie des Tudor aspire les résistances. « I am myself alone », Richard le disgracié, condamné à la solitude, va déchaîner les cuivres, les percussions, le gémissement des cordes, l’halètement des bois. Seules accalmies de ce déluge de malédictions, les litanies religieuses psalmodiées en latin par l’excellent chœur de l’Opéra National du Rhin.

Scott Hendricks, phénomène de démesure maîtrisée

Autour d’une piste de sable couleur sang, un amphithéâtre de ferraille rouillée centralise les actions, les personnages ont les costumes et les couleurs des hommes de la City de Londres, complets noirs et chemises blanches comme le maquillage de leurs visages devenus masques, parapluies, ouverts en corolles d’encre noire ou fermés pour servir d’armes ou de béquilles. Ces costumes, ce décor, signés respectivement Miruna et Radu Boruzescu, les lumières de Robert Carsen et sa prodigieuse direction d’acteurs baignent la tragédie dans des couleurs et un rythme de music hall. La plupart des chanteurs – en tête le Buckingham d’Urban Malmberg, le Hastings de Russel Smythe, la reine Elisabeth de Lisa Griffith – ajoutent à leurs voix une belle maîtrise de la diction. Deux qualités à ajouter à celle du chanteur et comédien hors norme qu’est Scott Hendricks. Apparition hallucinée, hallucinante : il bondit comme un lapin, contrefait le bossu boiteux et massacre avec la même hystérie vorace. Un phénomène de démesure parfaitement maîtrisée !

C’est l’Orchestre Symphonique de Mulhouse qui dans la fosse fait gicler cette musique du paroxysme que le Suisse Daniel Klajner, son directeur musical dirige avec une rage que l’on pourrait qualifier de joyeuse.

Tandis que Musica poursuit jusqu’au 3 octobre sa quête des musiques de notre temps dans différents lieux de la ville, l’Opéra National du Rhin prépare la succession du roi maudit : ce sera, dès le 16 octobre, l’accalmie avec la très touchante destinée de "Louise", l’héroïne de Gustave Charpentier.

"Richard III" de Giorgio Battistelli, livret de Ian Burton d’après Richard III de Shakespeare, orchestre symphonique de Mulhouse, direction Daniel Klajner, mise en scène Robert Carsen, décors et costumes Radu et Miruna Boruzescu, lumières Peter Van Praet et Robert Carsen. Avec Scott Hendricks, Lisa Hauben, Lisa Griffith, Sara Fulgoni, Urban Malmberg, Fabrice Farina, Philip Sheffield, Christopher Lemmings, Russel Smythe, David Grousset, Andrey Zemskov, Jean-Gabriel Saint-Martin, Olivier Déjean, Jonathan de Ceuster, Jens Kiertzner.

Strasbourg, Opéra National du Rhin, les 19, 21, 23 septembre à 20h +33(0) 825 84 14 84

Mulhouse, La Filature, le 4 octobre à 15h - +33 (0)89 36 28 29

Musica : info festival-musica.org - +33(0)3 88 23 46 46 - +33(0)3 88 23 84 65

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