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Quelle chance ! de Stephan Meldegg

par Gilles Costaz

Une vie romanesque et théâtrale

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Stephan Meldegg a été longtemps le directeur du théâtre La Bruyère : ses années là-bas, entre 1970 et 2000, ont été une grande période, avec notamment les créations des pièces de Vaclav Havel quand celui-ci était en captivité. Après son départ du La Bruyère, Meldegg a fait des mises en scène en Allemagne et en France. On le retrouve cette rentrée au Poche-Montparnasse, où il fait une nouvelle version de son spectacle fétiche, Au bois lacté de Dylan Thomas (à partir du 10 septembre). Il publie en même temps des mémoires, Quelle chance !, qui surprennent parce que le livre ne parle pas du tout de la belle époque du La Bruyère. Sous-titré D’un château en Hongrie aux lumières de Paris, le livre conte les années qui ont précédé ce choix de vivre et de créer à Paris. Car Meldegg est hongrois. Toute une vie romanesque l’a amené au théâtre et en France.

Petit-fils d’un prince d’empire, il a une enfance bousculée : la famille doit fuir, pendant la guerre, l’arrivée de l’Armée rouge. C’est dur mais c’est ainsi qu’on ne voit pas la vie qu’à travers son clocher et qu’on parle plusieurs langues. Il apprend surtout l’allemand, mais aussi l’anglais et le français. Il s’est fixé un moment à Munich et suit les cours d’une école hôtelière. Il travaillera donc dans la restauration – et ce sera longtemps son principal gagne-pain. Mais il passe des heures au cinéma et découvre tout à coup le théâtre en assistant aux Jeux de la Passion du Christ dans le petit village d’Oberammergau. Dès lors, le virus du théâtre est en lui, et il ira le cultiver au Québec. Car il rêve de s’exiler aux Etats-Unis, et c’est au Canada qu’il obtient l’autorisation d’émigrer. A Montréal et ailleurs, il se partage entre service dans les restaurants et régie au théâtre. Puis il se met à jouer. On lui propose un jour un travail de régisseur et conducteur d’un « 1000 kilos Renault » pour les tournées des Tréteaux de Paris dirigés par Jean de Rigault. Il s’agit de traverser l’Europe puis les Etats-Unis avec de grands acteurs qui jouent les classiques français à travers le monde. Cela durera quelques saisons, jusqu’au jour où Meldegg décidera de renoncer au Nouveau Monde – où l’attendait un travail, toujours dans l’univers du théâtre - pour revenir définitivement à l’Ancien, l’Europe et la France.

C’est écrit au fil de la plume, sans recherche stylistique, dans le plaisir de photographier le temps passé et de se souvenir des émotions qui ont compté tout au long d’une jeunesse fiévreuse et peu banale. Ceux qui chercheront un témoignage purement théâtral seront déçus. Mais le théâtre est bien là, saisi dans sa réalité des années 50 et 60, bien que le charme de l’ouvrage vienne surtout la mise à nu de la face cachée de Meldegg – son passé de bourlingueur entre deux continents – et de sa vivacité de roman vrai.

Quelle chance ! de Stephan Meldegg. Editions de l’Officine, 282 pages, 18,50 euros.

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