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Critiques / Théâtre

Providence de Neil LaBute

par Gilles Costaz

Rendez-vous amoureux un jour d’attentat

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Pierre Laville propose aux Déchargeurs un diptyque américain, dont le premier volet est Still Life d’Emily Man, que l’auteur a modernisé, troquant les références à la guerre du Viet-Nam contre un contexte relatif à la guerre en Afganistan – cette pièce avait eu un grand impact au festival d’Avignon 1984) et dont le deuxième volet est une nouvelle mise en scène de Providence de Neil LaBute. Nous n’avons vu que le second spectacle. Providence est une œuvre qui frappe fort en utilisant une actualité terrible devenue depuis un moment de notre Histoire : l’attentat du 11 septembre 2001. LaBute imagine qu’au moment où les deux avions du commando pensé par Ben Laden frappent les tours du World Trade Center à New York, un couple est en train de faire l’amour. L’homme devrait être à son travail ; elle, qui est sa supérieure hiérarchique, n’est pas de service. Donc lui seul est porté disparu et considéré comme victime de l’attentat. Peut-il réapparaître dans sa famille (car il est marié, a des enfants) et au regard de la société qui, inévitablement, lui demandera des explications ? Ou peut-il tenter de mener une nouvelle vie en s’enfuyant, avec ou sans cette femme qui voulait l’arracher à son épouse ?
Représenter un couple illégitime perturbé après l’accomplissement d’une figure érotique gêné par l’un des plus grands attentats des temps modernes, c’était osé ! Cela valut à Neil LaBute un succès considérable. La pièce fit scandale et fut traduite dans de nombreux pays. Aujourd’hui, on se rend compte combien elle est écrite avec des câbles et combien elle est racoleuse. Surtout, elle ne tient pas la route, tant l’évolution de l’action est invraisemblable et tant LaBute limite l’affrontement de ses personnages au pur déballage des sentiments médiocres d’un couple très banal. La soirée n’est pas mauvaise cependant car Pierre Laville cultive le huis-clos de façon serrée et étouffante. Surtout, les deux acteurs sont des artistes de haut tempérament. Marie-Christine Letort sait donner à chaque seconde son intensité d’émotion et d’attention. Xavier Gallais – et ce n’est pas la première fois – est grandiose dans l’expression des petites crapuleries. C’est toujours ça...

Providence de Neil LaBute, adaptation et mise en scène Pierre Laville, avec Xavier Gallais et Marie-Christine Letort.

Les Déchargeurs, 21 h 30, tél. : 01 42 36 00 50, jusqu’au 12 mai. (Durée : 1 h 20).

Photo Ifou.

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