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Critiques / Théâtre

Phèdre de Racine

par Gilles Costaz

Brutalité et raffinement

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Chez Brigitte Jaques-Wajeman, dont on suit les mises en scènes inspirées depuis des années, la vision vire au noir. Sa précédente mise en scène d’un classique, Polyeucte, faisait entrer beaucoup d’âpreté dans le débat politique et guerrier. C’était une façon de poursuivre sa longue exploration du théâtre de Corneille, dont elle nous révéla combien il ne se résumait pas à un unique conflit entre le devoir et l’amour. C’est une autre noirceur qu’elle fouaille en passant à Racine et en montant Phèdre. C’est au monstrueux de l’être humain, de la passion devenue folle, qu’elle s’est attachée.
Aucune référence au contexte du palais et au décorum royal n’est utilisée. Le sol, dans le décor de Grégoire Faucheux, est une lande de terre meuble, que ferme une paroi de bois. Les costumes sont d’une élégance moderne, sans relation avec l’Antiquité, plaçant l’action dans une époque intemporelle où les femmes portent des robes chic, un peu mondaines, et les hommes de longs manteaux. Le primitif et le civilisé s’opposent ainsi. Phèdre, telle que l’interprète Raphaèle Bouchard dans une prestation impressionnante, est surtout un personnage emporté par la sexualité : sa jeunesse est tout entière désir, souffrance, masochisme, désintégration. Sophie Daull, dans le rôle d’Oenone, propose une image de manipulatrice, de calculatrice, tout aussi convaincante. Raphaël Naaz (Hippolyte), Bertrand Pazos (Thésée) et Pascal Bekkar (Théramène) savent insufflent de l’étonnement et de la douceur à la violence de leur jeu. Mais Bertrand Pazos est sans doute conduit à trop jouer la démence, quand, allongé sur le sol, il se couvre de terre. Est-ce un souvenir des années Vitez dans la pensée de Brigitte Jaques-Wajeman ?
Le spectacle réussit, néanmoins, le rare et formidable accord entre une implication physique brutale et une interprétation raffinée et musicale de l’alexandrin racinien. C’est un classique port à une température moderne, comme nous les aimons.

Phèdre de Racine, mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman, collaboration artistique de François Regnault et Clément Camar-Mercier, scénographie de Grégoire Faucheux, costumes de Pascale Robin, lumières de Nicolas Faucheux, musique et sons de Stéphane Gibert, avec Raphaèle Bouchard, Sophie Daull, Bertrand Pazos, Rapahël Naasz, Pascal Bekkar, Pauline Bolcatto, Lucie Digouot, Kenza Lagnaoui.

Abbesses (théâtre de la Ville) 31 rue des Abbesses 75018, 0142 74 22 77, jusqu’au 25/1. En tournée : Oullins, 28-31. Tulle, 5-6/2. Beauvais, 10-11/3.Toulouse (Sorano), 24-27/3. Tarbes, 21/3-1/4. Fontainebleau, 12/5.

Photo Cosimo Mirco Magliocca.

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