Accueil > Phèdre de Racine

Critiques / Théâtre

Phèdre de Racine

par Gilles Costaz

Le bel adieu de Christian Schiaretti

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Christian Schiaretti conclut dix-huit ans de présence à la tête du TNP (le 1er janvier, Jean Bellorini lui succèdera) avec un diptyque réunissant Hippolyte de Robert Garnier et Phèdre de Jean Racine : un baroque échevelé du XVIe siècle et un classique épuré du XVIIIe « Ce double spectacle raconte mon parcours d’homme de théâtre, sans doute, dit Schiaretti. La fulgurance de mon imaginaire de jeunesse était du côté de Garnier et la résolution contrainte me mène à Racine. C’est un bilan personnel et une tension inscrite dans l’histoire de notre langue, dont le théâtre public est l’un des porteurs. »
Nous n’avons pu voir que Phèdre où le souci du langage et du genre théâtral, si profond chez Schiaretti, fait merveille. Pas de décor et peu de jeu au lointain dans la boîte sombre que constitue la scène. Les acteurs sont vêtus d’élégants costumes noirs et blancs, donc habillés de beauté et de rigueur. Nous ne sommes pas dans l’Antiquité et le mythe, mais dans le temps où a été créée la pièce. Même s’il est question d’un monstre et de dieux, le conflit reste celui de la sensibilité et de la sensualité à l’ère moderne. La jeune Phèdre tente de séduire Hippolyte, le fils que son époux, absent, peut-être mort, a eu avec une autre femme. Voilà qui appartient à tous les temps et que Schiaretti fait jouer à proximité des spectateurs, selon deux allées que la lumière dessine et croise non loin de l’avant-scène. C’est une affaire d’hier, qui peut être une affaire d’aujourd’hui et de demain. La jeunesse de l’interprète du rôle-titre, Louise Chevillote, rompt avec une tradition de jeu très réglé, savant et littéraire. Ici, ce sont des flots d’émotion et d’amour tendre qui surgissent ! On est saisi comme rarement par cette fraîcheur de l’interprétation, par cette interprétation adolescente qui s’accompagne d’une parfaite maîtrise du vers et d’une belle autorité sur le plateau. Phèdre est ramenée à sa vérité de folie instinctive, de transgression accomplie dans l’innocence. C’est très beau. Le grand acteur qu’est Marc Zinga (il fut magistral dans Une saison au Congo et La Tragédie du roi Christophe de Césaire) apporte, de son côté, une autre résonance. Son Hippolyte est réservé, secret, un brin narquois. Le comédien dit trop vite les vers, il en adoucira le rythme au fil des représentations. Julien Thiphaine débusque bien les sentiments ombreux de Thésée, tandis que Philippe Dusigne incarne un Théramène aux inflexions musicales. Francine Bergé donne au personnage d’Oenone sa pleine dualité, douce et féroce. Clémence Longy, Kenza Laala et Juliette Gharbi font entendre, sur des notes plus réservées, les voix de la condition féminine.
Le bel adieu d’un grand directeur.

Phèdre de Racine, mise en scène de Christian Schiaretti, scénographie de Fanny Gamet, lumières de Julia Grand, costumes de Mathieu Trappler, maquillage et coiffures de Françoise Chaumayrac, son de Laurent Dureux, masque de Erhard Stiefel.
Distribution commune à Phèdre et à Hippolyte : Francine Bergé, Louise Chevillotte, Philippe Dusigne, Juliette Gharbi, Kenza Laala, Clémence Longy, Julien Tiphaine, Marc Zinga.
Théâtre national populaire, Villeurbanne, tél. : 04 78 03 30 30, jusqu’au 1er décembre. (Durée pour Phèdre : 2 h). Textes et dossier à L’Avant-Scène Théâtre et numéro spécial des Cahiers du TNP.

Photo Michel Cavalca.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.