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Critiques / Théâtre

Peur(s) de Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre

par Gilles Costaz

Les victimes, la loi et l’arbitraire

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Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre est l’auteur français de ce début d’année. Pour de bonnes raisons : il aura eu trois pièces à l’affiche en trois mois (ces Peur(s) viennent de s’ajouter aux Mystiques créés au Plateaux sauvages et à la reprise des remarquables Deux Frères et les Lions, toujours donnés au Poche-Montparnasse). Et pour une mauvaise, nous voulons dire pour un motif déplaisant : cette dernière œuvre, Les Deux Frères et les Lions, fait l’objet d’une action en justice et d’une demande d’indemnités et d’interdiction de la part des hommes d’affaires qui ont servi de modèles à l’auteur mais ne sont pas nommément cités dans le texte. Espérons que le droit au pamphlet et à la critique politique l’emportera.
Peur(s) traite d’un autre aspect social : la peur de la différence et de l’altérité, à travers une histoire qui concerne surtout les Etats-Unis, mais aussi ’Europe : l’internement d’innocents à l’île de Guantanamo et la libération, contre toute attente, d’un des prisonniers, l’Algérien Lakdar Boumedienne, son avocat parvenant à prouver que cette incarcération est contraire à l’ « habeas corpus » et donc à la Constitution de Etats-Unis. Là, Tillette de Clermont-Tonnerre a répondu à une commande passée par la compagnie JimOe et le metteur en scène Sarah Tick qui, franco-américaine, a pu suivre le dossier et obtenir des témoignages de première main.
En réalité, il n’y a pas là une seule histoire autour de l’idée que la victoire contre la peur est toujours possible. La soirée met en place trois thèmes principaux (le prisonnier de Guantanamo, l’histoire personnelle de l’avocat, les grandes victimes et les grands persécuteurs de l’Histoire internationale), en multipliant les événements, évoqués à l’étage d’un décor reproduisant la coupe partielle d’un immeuble. Un seul personnage reste au centre du plateau : c’est la victime du camp américain, figuré comme un être à part, venant d’ailleurs. Autour, tout s’agite. On monte, on descend, on change de rôle. Tous les acteurs, Lucas Bonnifait, Julie Brochen, Vincent Debost, Milena Csergo, Gwenaëlle David, Raouf Raïs, Frédéric Jessua, sont impeccables. Mais la mise en scène s’enivre de géométrique et de symbolique. A multiplier les signes Sarah Tick brouille la pièce. Il en est de même pour les « songs » : les interprètes chantent en anglais des airs liés souvent à l’histoire de la contestation (Dylan, Simon) mais on les reçoit comme une anglophilie, un asservissement à la langue dominante. Tous les éléments mis en texte et en jeu sont intéressants et le spectacle a belle allure. Mais qui trop embrasse mal étreint.

Peur(s) d’Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, mise en scène de Sarah Tick, scénographie d’Anne Leverzant, lumière de Mathilde Chamoux, costumes d’Anne Leverzant et Elysa Masliah, son de Pierre Tanguy, avec Lucas Bonnifait, Julie Brochen, Vincent Debost, Milena Csergo, Gwenaëlle David, Raouf Raïs, Pierre-Antoine Billon (en alternance avec Frédéric Jessua).

Etoile du Nord, tél. : 01 42 26 47 47, jusqu’au 2 mars. (Durée : 1 h 30).

Photo Eric Michot.

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