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Critiques / Opéra & Classique

Passion de Pascal Dusapin

par Caroline Alexander

L’important c’est la danse

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Oratorio ? Ballet ? Opéra ? Ou anti-opéra ? Pascal Dusapin choisit le mot « opéra » pour désigner sa Passion, une plongée sans filet dans les rapports de couple, une pièce musicale pour deux voix, chœur et orchestre qui fut créée au Festival d’Aix en Provence en 2008.

Dusapin, 55 ans, né à Nancy, 2m sous la toise, figure de proue de la musique française d’aujourd’hui a toujours eu un rapport décalé avec le genre opéra. Médée/Medeamateriel d’après Heiner Müller, Perelà, Faustus dont il dit qu’ils constituaient respectivement le « dessus » et le « dessous » du même mythe. Passion leur fait suite en référence déclarée à Monteverdi, à son Orphée, premier opéra de l’histoire, à sa musique dite baroque et particulièrement à ses madrigaux. Il en use avec des tempos suspendus, des silences, des orages, un raffinement orchestral où le clavecin et l’oud, le luth arabe, côtoient et se mêlent aux effets électroacoustiques. Passion : Lui et Lei et gli altri, elle et lui et les autres, en italien la langue choisie par le compositeur pour le livret qu’il a lui-même écrit. Nous sommes donc dans l’enfer où errent Orphée et Eurydice, à la recherche l’un de l’autre, mais ici, c’est Eurydice qui claque la porte et laisse son aimé dépérir de désir. Le désir des corps, la soif, la faim des peaux qui se cherchent et se pénètrent, forment la trame du texte et de la musique

Le sur-titrage des dialogues a été supprimé et contrairement à ce qui est annoncé dans le programme les mots ne sont guère compréhensibles. Mais le commentaire chorégraphique de Sasca Waltz, la grande berlinoise du théâtre et de la danse, les remplacent avec l’éloquence des corps. Si création il y a dans ce nouvel écrin de Passion, c’est bien celle du ballet. Décors minimalistes balayés de lumières sublimes, accessoires inattendus comme ce bouquet de ballons anthracite qui finissent par s’envoler dans les cintres, costumes galbant les silhouettes ou apportant une note saugrenue, telles ces danseuses-choristes déguisées en cloches de plumes. Les chanteurs dansent, les danseurs donnent de la voix. Les choristes du Vocalconsort de Berlin se prêtent superbement au double jeu, Franck Ollu reprend en connaisseur conquis la direction de l’Ensemble Modern déjà présent à la création. Lui, c’est le baryton Georg Nigl, éperdu, perdu, ambigu. Lei, elle doit tout à la soprano Barbara Hannigan, un phénomène hors norme, femme liane à la beauté rayonnante à la voix qui se joue de tous les tons, de la confidence aux stridences. Époustouflante, tout simplement.

Passion, musique et livret de Pascal Dusapin, Ensemble Modern et Vocalconsort Berlin, direction Franck Ollu, chorégraphie, décors et mise en scène Sasha Waltz. Avec Barbara Hannigan et Georg Nigl.

Théâtre des Champs Elysées, les 6 & 8 octobre à 19h30, le 10 à17h –

0149 52 50 50 – theatrechampselysees.fr

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