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Critiques / Théâtre

Partage de Midi de Paul Claudel

par Caroline Alexander

La langue russe met Claudel en musique

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Etrange et fascinante expérience que celle d’entendre Claudel dans une langue étrangère ! Une langue qui, à l’écoute, l’épouse comme une seconde peau. Claudel en Russie reste un événement car il était interdit au temps des soviétiques et Claudel en russe, c’est un peu une mise en musique de sa prose en crue. Le Centre Dramatique de Kazantsev de Moscou, de passage à Paris au petit théâtre de l’Atalante, vient d’en apporter une illustration magistrale.

Quelques coupures dans le texte en ont sans doute facilité la traduction, de légers raccourcis qui s’inscrivent dans l’intimité de l’espace. Les sur-titrages, côté cour, apparaissent comme autant de points d’appuis sans jamais encombrer, une musique jazzy fait traverser le temps.

Les décors minimalistes de Marina Filatova ont l’élégance et la simplicité des symboles. Rocking-chair, chaises longues prolongées par des arcs métalliques qui tracent l’alpha et l’oméga du conte d’adultère, d’amour et de rédemption. Il suffit de voir Mesa et Amalric se croiser les bras pour que surgisse le bastingage du navire qui emporte le quatuor vers la Chine de tous les commerces et de tous les périls.

Le naturel et l’intériorité du jeu hérité de Stanislavski

La direction d’acteur de Vladimir Agueev porte la griffe de l’héritage de Stanislavski, lui qui le premier enseigna le naturel et l’intériorité du jeu et les techniques de projection qui permettent aux murmures d’atteindre les derniers rangs d’une salle. La distribution des trois rôles masculins éclaire les personnages de façon peu convenue. De Ciz, le mari, n’est plus ce cocu malappris traditionnel, mais à travers la bonne santé d’Aleksei Bagdassarov, un bonhomme jovial, aveuglément épris de sa jolie épouse et qui ne révélera que peu à peu son machisme de propriétaire et sa lâcheté devant la course au gain. Amalric par Aleksei Nestorov devient un affairiste sans grand scrupule, joueur et flambeur de sentiment comme de dés. Mesa est le plus inattendu avec cette façon coincée de faire le séminariste puceau que la foi va transfigurer et mener de l’amour à la mort.

Tatiana Stepantchenko Ysé prédestinée

La vraie révélation, pour nous spectateurs de France, est sans conteste Tatiana Stepantchenko, comédienne fêtée en Russie mais qui, ici, malgré sa connaissance de la langue française, n’avait pas encore pu donner la mesure de son talent. Elle est Ysé, comme si la nature l’avait prédestinée à la faire vivre, blonde et ravissante, d’abord coquette à la manière d’une petite fille jouant avec des allumettes puis femme lucide marquée par le temps qui coule comme du sable entre ses fins doigts de danseuse. Du blanc au noir, en transparences fragiles, une présence, un charme, une voix… On ne l’oubliera pas.

Partage de midi de Paul Claudel, traduction en langue russe de Lioudmila Tcherniakova, mise en scène Vladimir Agueev, scénographie et costumes Marina Filatova, musique Sergueï Jukov. Avec Tatiana Stepantchenko, Aleksei Nesterov, Artem Smola, Aleksei Bagdassarov.
Théâtre de l’Atalante du 7 au 13 mai à 19h30, le 11 à 16h – 01 46 06 11 90

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