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Critiques / Opéra & Classique

Parsifal de Richard Wagner

par Caroline Alexander

La bouleversante beauté d’un mythe au quotidien

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On l’attendait de pied ferme, les oreilles ouvertes et les yeux écarquillés ce Parsifal précédé des rumeurs alarmistes d’une incommensurable sottise. Au terme de cinq heures trente de musique et d’images, on a quitté la nef de l’Opéra Bastille, l’émotion à fleur de peau et le cœur en fête. Une direction d’orchestre somptueuse, des chanteurs triés parmi les meilleurs, une mise en scène qui transcende le mysticisme et lui donne la bouleversante beauté du quotidien.

A 45 ans, Krzysztof Warlikowski, son réalisateur, s’est hissé depuis une décennie au sommet des grands novateurs des scènes de théâtre et d’opéra d’Europe. On l’avait découvert avec des spectacles importés de sa Pologne, un Dibbouk mémorable, des pièces de Sarah Kane, Hanokh Levin ou Tony Kushner, chaque fois pétries des leçons d’humanité qui sont en quelque sorte sa marque de fabrique.

A l’Opéra de Paris Gérard Mortier le recruta pour deux productions à la fois dérangeantes et sublimes, une Iphigénie en Tauride de Gluck dans les méandres de la mémoire (voir webthea du 22 juin 2006) et une Affaire Makropoulos de Janacek propulsée chez les monstres sacrés du cinéma (voir webthea du 1er mai 2007).

Une transposition où le temps et l’espace se fondent en un seul champ

Pour Parsifal, l’ultime monument wagnérien, son testament, son dernier chant, il a, toujours fidèle à ses approches, conjugué au présent la quête. Attentif à l’esprit comme à la lettre du compositeur il a opéré une transposition où le temps et l’espace se fondent en un seul champ.

La Communauté du Graal se concentre alors autour d’un hôpital où l’on tente de soigner Amfortas blessé sans espoir de guérison, par la lance du Christ qui fut dérobée par lez magicien Klingsor Les chevaliers du Graal suivent l’évolution de la santé de leur patron dans une sorte d’amphithéâtre universitaire. Parsifal, le « chaste fol », l’innocent qui ignore jusqu’à son nom, arrive dans la communauté sans savoir où il met les pieds. Gurnemanz, sorte de premier ministre méticuleux, chargé des affaires courantes, croit reconnaître en lui l’envoyé de Dieu. Mais le jeune homme qui ne comprend rien à rien est chassé. Dans son antre de luxure, Klingsor aux allures de Mandrake, l’attrape dans les filets de ses filles fleurs, une brochette de call girls ultra sexy et sado-maso d’un cabaret art déco rouge et noir. Il charge Kundry, séductrice par malédiction, de briser sa chasteté mais son long baiser lui révélera au contraire la voie à suivre… Parsifal prend conscience de sa force, s’empare de la lance, et, d’un signe de croix rouge sang, anéantit Klingsor et son domaine.

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Christopher Ventris (Parsifal) entouré des Filles Fleurs

Au coeur des défis de l’humanité

Loin des imageries médiévales, loin des fastes des cathédrales, mais tout en en conservant des signes et des rituels, Warlokwski, et sa décoratrice Malgorzata Szczesniak choisissent une sorte de « hic et nunc », » ici et maintenant », hier peut-être, aujourd’hui ou demain sans doute encore. Les thèmes véhiculés n’ont pas d’âge – « durch Mitleid wissend » : « la connaissance par la compassion » - on reste au cœur des défis de l’humanité. Du premier au dernier acte, un vieillard et un enfant observent et accompagnent les actions. L’un serait la sagesse, l’autre l’innocence, la victime et l’espoir. Avant le prélude du troisième acte, Warlikowski projette durant quelques secondes des images tirées du film de Rosselini « Allemagne année zéro », un garçonnet errant en solitude dans les ruines de Berlin… L’adéquation est évidente et belle – mais pas du goût de quelques « envoyés spécieux » qui soulèvent une bronca de protestations vulgaires qui stupéfient manifestement le public et les journalistes étrangers

Ce troisième acte est sublime de dénuement. Des herbes folles ont tapissé le domaine, l’enfant est toujours là, attentif à arroser les premières salades du renouveau printanier, les dernières neiges saluent le retour du prodigue Parsifal, armé enfin de la lance salvatrice… Autour d’un verre de vin posé sur une table de bois brut, les retrouvailles des justes se font autour de Parsifal, d’Amfortas et de Kundry… qui reste en vie…. C’est magnifique, tout simplement.

Waltraud Meier la meilleure Kundry qu’on puisse rêver

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de dos, au premier plan : Christopher Ventris (Parsifal) Victor von Halem (Titurel)

A la tête pour la troisième fois de l’orchestre de l’Opéra National de Paris, le chef allemand Hartmunt Haenchen mêle le grandiose au mystique, respectant les silences méditatifs de la partition tout comme ses flambées illuminées. Rarement la musique de Wagner a atteint ce degré suprême d’émotion. La distribution des rôles principaux est du même niveau d’excellence : on ne dira jamais assez que Waltraud Meier est la meilleure Kundry qu’on puisse rêver, belle, souple, intelligente, son timbre de mezzo au sommet de son art. Franz Joseph Selig reste un Gurnemanz de référence, le russe Evgueny Nikitin se révèle rayonnant en Klingsor machiavélique et le ténor anglais Christopher Ventris, tout en finesse, rend crédible l’impossible héros de la saga wagnérienne.

Parsifal, drame sacré en trois actes, musique et livret de Richard Wagner, orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris, direction Hartmunt Haenchen, mise en scène Krzysztof Warlikowski, décors et costumes Malgorazata Szczensniak, lumière Felice Gross, chorégraphie Saar Magal, vidéo Denis Guéguin. Avec Waltraud Meier (et Angela Denoke le 14 mars), Christopher Ventris, Franz Joseph Selig, Evgueny Nikitin, Victor von Halem, Gunnar Gudbjörnsson, Scott Wilde, Adriana Kucerova, Valérie Condoluci, Louise Callinan, Cornelia Oncioiu, Renate Jett.
Opéra Bastille, les 4,7,11,14,17,20,23 mars à 18h.
08 92 89 90 90 – www.operadeparis.fr

Crédit : R. Walz/ Opéra national de Paris

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