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Critiques / Théâtre

Parler avec toi d’Ana-Maria Bamberger

par Gilles Costaz

Les circonvolutions de l’amour

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L’art de s’aimer sans se comprendre est un art à la portée de l’humanité tout entière ! En conséquence, la comédie d’Ana-Maria Bamberger, auteure roumaine d’expression française, met dans le mille. Cette apparente facétie va plus loin que la valse habituelle des je ne veux plus t’aimer s’achevant par des je t’aime infiniment au dernier tour de piste. Il y a là le véritable portrait d’un homme doué pour l’échec de l’amour. A la première scène, deux jeunes amants se séparent pour peu de temps : la jeune femme part en vacances. Mais elle sera là-bas avec son ancien partenaire amoureux. D’où une angoisse, une jalousie inguérissable du jeune homme. Au retour de l’amie, l’aventure est sur le point de reprendre, mais elle se renoue mal. Les reproches, et plus encore les soupçons, car rien n’est dit de façon directe, empoisonnent les rencontres. C’est la rupture. Cela s’arrangera peut-être, au terme d’une longue circonvolution, de quelques éloignements spatio-temporels avec des années d’oubli et l’Atlantique entre eux deux…
Le texte d’Ana-Maria Bamberger, très intelligent, navigue entre plusieurs genres : la comédie classique (avec la représentation d’un type : le jaloux, l’être humain rendu impuissant par sa double postulation), la comédie de situation avec des personnages de jeunes bobos et une écriture plus secrète, aux tonalités psychanalytiques. Profitant du fait que beaucoup de scènes se passent à distance et au téléphone, la mise en scène de Codrina Pricopaia, dans un décor à l’abstraction joyeuse (des parois couleur nuit traversées de flèches de couleur), joue très habilement sur l’écart qui sépare les personnages et les rapprochements qui s’effectuent soudainement. Geoffroy Vernin interprète excellemment l’amant malheureux qui apporte le malheur : dans un rythme précipité, subtilement névrotique, avec une diction toujours claire, il accélère la pulsion des mots d’amour et de désamour. Il reste toujours dans le cap de la souffrance discrète, ce qui le rend si vrai, si universel et si drôle. Dans le rôle de la jeune femme aimée et mal-aimée qui comprend moins de texte et beaucoup de silence, Codrina crée très finement une attitude et un jeu d’attente, de bienveillance mystérieuse, de mille pensées contenues qui ne s’exprimeront jamais mais sont bel et bien là dans l’esprit muet et troublé du personnage ; c’est d’une sensualité aérienne !
Ce spectacle est une vraie surprise et un vrai bonheur.

Parler avec toi d’Ana Maria Bamberger, mise en scène de Codrina Pricopaia, avec Geoffroy Vernin et Codrina Pricopaia.

Guichet-Montparnasse, les vendredi et samedi 19 h, jusqu’au 24 mars, tél. : 01 43 27 88 61. (Durée : 1 h 05).

Photo DR.

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