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Critiques / Rue & Cirque

Origines par le cirque Alexis Gruss

par Gilles Costaz

Un mirage de plus dans l’épopée des Gruss

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On aime beaucoup les mots qu’Alexis Gruss place en exergue de la quarante-quatrième création de son cirque national : « J’ai trois passions : ma famille, sans qui le spectacle ne pourrait exister ; les chevaux sans qui le spectacle ne pourrait exister ; la piste sans qui le spectacle ne pourrait exister. » Tout est là : la dynastie Gruss, que l’on voit se renouveler d’année en année, portée par un idéal qui ne se prosaïse et ne se commercialise jamais ; la cavalerie qui vient et revient en vagues, belle, audacieuse et profonde (profonde, car comment ne pas penser à la vie intérieure des chevaux, concentrés sur leur mission, composant une œuvre qui les dépasse mais les élève au-dessus du simple sentiment d’être au monde ?) ; la piste, enfin, aux proportions idéales, qui donne à l’espace sa plénitude parfaite, vaste mais non gigantesque.
Cette année, les Gruss donnent une leçon d’histoire. D’où le titre Origines. Une chanteuse-narratrice, Eva Poirieux, intervient régulièrement, à cheval, pour nous rappeler que le cirque moderne est né il y a 250 ans grâce à l’écuyer anglais Astley Philip et qu’il s’est développé, principalement à Paris, en conquérant certains styles, certains savoirs, certaines figures, certains registres. D’où une première moitié de spectacle, où les artistes portent des costumes du XVIIIe siècle et où le passé revit dans la grâce d’élégants tableaux où s’inscrit une histoire partiellement militaire, un brin cocardière, et où chacun exécute des exploits (ou des clowneries) en se mettant au service d’une beauté picturale tournoyant le long de la circonférence du chapiteau. Il y a là un peu de nostalgie, dans la splendeur. C’est magnifique. Les Gruss, et les quelques artistes qui ne sont pas de la famille et les ont rejoints, ont-ils d’autres choses à tirer de leurs rêves volant entre le passé du cirque et les avatars d’une société moderne volontiers furieuse ? Oui, ils le prouvent dans la deuxième moitié, où la musique n’est plus la même (remarquable orchestre de Sylvain Rolland) et où l’on navigue entre une énergie rock et la douceur acidulée des comédies musicales. La performance athlétique et la ronde des jonglages s’insinuent entre les allées et venues des chevaux aux crinières enflammées.
Que retenir par-dessus tout dans ce déroulé d’intrépidités, organisé en actes plus qu’en numéros ? On saluera d’abord les carrousels de chevaux, bien sûr, où Alexis Gruss reste un maître absolu du dressage et de la monte et où les petits-enfants, Charles (extraordinaire dans le numéro de « la poste ») égalent à présent les fils, Stephan – l’admirable metteur en scène, tout aussi éblouissant comme « acteur » en piste – et Firmin, le colosse si doué, si puissant, si multiple et si drôle. Dans ce registre, où Gipsy, l’épouse d’Alexis, a toujours une place d’amazone romanesque, le moment où paradent les quatre frères, Alexandre, Charles, Louis et Joseph, sur des équidés espagnols, est un miracle d’harmonie humaine et animale. Firmin s’illustre dans d’autres disciplines. Il est le farceur de la bande (le sketch de la « bardote impromptue », c’est lui !) mais le voilà dans un duo amoureux, en aérien, tournant dans le ciel du chapiteau, avec Svetlana Lebova. Et l’on est traversé d’émotion comme si Jacques Demy et George Cukor avaient réglé ensemble leur envolée. On ne saurait tout rapporter, tout rapporter. Mais Origines est un mirage de plus dans l’épopée, un fabuleux théâtre circassien, hanté par la folie de la beauté, qui martèle la terre et fouette le ciel.

Origines par le Cirque national Alexis Gruss, mise en scène et direction artistique de Stephan Gruss, direction administrative et technique de Firmin Gruss, chef d’orchestre : Sylvain Rolland, costumes de Bruno Fatalot, lumières de Jean-Charles Pfauwadel, textes de François Marillier, chorégraphies de Sandrine Diard.


A Paris, Porte de Passy - Carrefour des Cascades, jusqu’au 3 mars. Les samedis à 20h
et les dimanches à 15h. Réservations : www.ALEXIS-GRUSS.com 01 45 01 71 26.(Durée : 2 h 25).
En tournée :
Toulouse - Zénith - 23 & 24 mars 2019.
Lyon - Halle Tony Garnier - 30 & 31 mars. Bordeaux - Metropole Arena - 6 & 7 avril. Toulon - Zénith - 13 & 14 avril. Strasbourg - Zénith - 27 & 28 avril.
Lille - Zénith Aréna - 4 & 5 mai. 
Caen - Zénith - 11 & 12 mai.
Nantes - Zénith - 18 & 19 mai.
Dijon - Zénith - 25 & 26 mai.

Photo : Eloïse Vene et Serge Fleury.

Un livre exhaustif, enfin, vient de paraître sur l’histoire de la famille et du cirque : Les Bâtisseurs de l’éphémère, Histoire de la compagnie Alexis Gruss, des origines à nos jours, par Nathalie Petiteau. (Edité et diffusé par le cirque Gruss, 192 pages, 35 euros).

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