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Critiques / Théâtre

Oh Maman ! de Stéphane Guérin

par Gilles Costaz

Frères et soeurs à l’heure du deuil

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Auteur prolifique et pourtant talentueux, Stéphane Guérin attend sans doute que son excellente pièce Comment ça va ?, créée cet été dans le off d’Avignon, soit reprise à Paris. Ce serait une grande nouvelle. Guérin peut sans doute se consoler avec la mise en scène d’une autre de ses pièces, Oh Maman !, qui s’est installée à la Scène parisienne. Et qui est tout aussi corrosive. Il s’agit, cette fois, non plus du couple mais de la famille. Le « famille, je vous hais » d’André Gide est vraiment la bonne formule pour faire de la littérature ou du théâtre judicieusement incisifs. Ici, dans un milieu modeste, une mère vient de mourir. Elle était entourée de ses deux filles, l’une qui vivait avec elle, l’autre qui n’était pas loin. Pour préparer l’enterrement, les deux frères éloignés viennent reconstituer la tribu. Parmi les deux frères, il y en a un qui mène une vie d’écrivain, et cela lui a réussi. Son livre Pertes et Profits a été un best-seller. Ce titre est tout un programme : à discuter et à disputailler à propos de ses obsèques, les pertes d’amour risque d’être plus nombreuses que les profits. Les petits secrets et les grandes rancoeurs ne vont plus rester endormis dans leurs cachettes…
Voilà une pièce d’une modernité parfaite. Pas de facilité, pas de glissement vers l’outrance complaisante ni vers le violon sentimental. C’est drôle sans cesse, mais d’une drôlerie terrible. Pas un de ces Français moyens n’est à sauver : ils veulent vivre, ils savent vivre, mais dans un égoïsme maquillé, même l’écrivain qui, malgré ses phrases mieux formulées, ne sait se placer au-dessus de la mêlée. Pour la mise en scène, Guillaume Sentou a placé les personnages dans un espace étroit, où ils sont dans une sorte de corps à corps où, pourtant, la violence ne sera que verbale. Cette conduite est toujours bien menée, avec des acteurs qui savent remarquablement jouer la chute dans le trivial dès qu’il s’agit de parader dans une noblesse de pacotille. Garance Bocobza est d’une dualité stupéfiante, bienveillante et âpre au gain, image absolue d’une prolétaire qui se moque des principes bourgeois pour tenter d’accéder à un étage supérieur. Une vraie découverte, cette actrice électrique. Mikaël Chirinian est le frère écrivain avec une supériorité qu’il démine superbement, composant un glorieux qui rate tous ses coups. Alysson Paradis joue la quotidienneté, sachant se placer à moitié dans l’ombre, à moitié dans la lumière. Rudy Milstein, l’air savamment désinvolte, met bien en lumière une marginalité qui se limite à de fausses audaces. Si l’on aime la gravure à l’eau-forte, le tranchant comique d’un style, ce face à face à quatre, doublé d’un face à face avec la mort (le cercueil finit par entrer dans l’espace étroit de la scène), est un rendez-vous idéal, d’une lumineuse noirceur.

Oh Maman ! de Stéphane GUERIN
Mise en scène de Guillaume SENTOU
Scénographie : Marie HERVÉ
Costumes : Leila MAZNI
Lumière : David CHAILLOT
Vidéo : Harold SIMON

Musique : Dov MILSTEIN
Assistante mise en scène : Maud FORGET
Avec : Alysson PARADIS, Rudy MILSTEIN, Mikaël CHIRINIAN, Garance BOCOBZA.

La Scène parisienne, 19 h, tél. : 01 40 41 00 00, jusqu’au 31 mars. (Durée : 1 h 20). Texte aux éditions Dacres.

Photo Morgane Delfosse.

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