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Critiques / Théâtre

Occupe-toi d’Amélie ! de Georges Feydeau

par Gilles Costaz

La volupté contre l’ordre bourgeois

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Le décor de Pierre Gilles est un hommage à Georges Braque, nous dit-on. Pas très évident. Mais cet espace ouvert à tous vents, à l’horizon duquel se dressent quelques immeubles penchés comme la tour de Pise, correspond bien à l’esprit… braque de cette comédie, dont Henri Lazarini nous propose une version resserrée et blagueuse. Dans la dernière mise en scène qu’on ait pu voir – celle de Pierre Laville avec Hélène de Fougerolles et Bruno Putzulu - , il y avait quelque chose d’implacable : c’était terrible, impitoyable ; les infidèles ne se sortiraient jamais du piège où ils s’étaient mis. Ici, c’est plutôt la fête : les personnages sont bien pris dans un engrenage toujours renouvelé, mais c’est quand même la fête. L’esprit canaille et les plaisirs de la chair, toujours écourtés, permettent de trouver du bon temps à un temps sans cesse précipité.

Il ne fallait pas confier Amélie à son meilleur ami ! C’est la leçon de la pièce, où un jeune homme, partant en voyage à Londres, demande à son camarade le plus proche, de « s’occuper d’Amélie ». Cet ami s’en occupe de très près, puisque les jeunes gens se réveillent un matin dans le même lit, ayant sans doute commis l’irréparable. Il va falloir cacher cela au fiancé, qui revient. La situation s’embrouille d’autant plus que la jeune femme fait l’objet des assauts d’un officier sans humour mais non sans obstination, ainsi que d’un maharadja pour qui les mœurs parisiennes sont indéchiffrables mais attirantes. Au terme d’un slalom forcené entre les draps et les canapés, les coupables sauront éviter la catastrophe.

Le spectacle semble un peu long à partir. Mais la mise à feu, progressive, atteint peu à peu son rythme. Les acteurs, Stéphane Douret, Cédric Colas, Sandra Edmond, ont la vivacité qu’exige ce théâtre fondé sur une vérité colorée mais jamais caricaturale. Bernard Menez apporte une présence plus décontractée, donc un contraste bienvenu. Marc-Henri Lamande et Kevin Dargaud savent donner leur juste force comique aux personnages les plus typés. Michel Baladi, qui joue deux rôles, est particulièrement ébouriffant en commissaire de police venu établir un constat d’adultère. Il y a, avant tout, Frédérique Lazarini, qui jette dans la bataille gouaille, charme, malice et insolence : elle n’est pas seulement la cocotte mais la différente qui met en cause l’ordre bourgeois. C’est un joli divertissement, mais qui a sa portée morale, c’est-à-dire un éloge de l’amoralisme !

Occupe-toi d’Amélie ! de Feydeau, mise en scène d’Henri Lazarini, assisté de Marc-Henri Lamande, décors et costumes de Pierre Gilles, chapeaux de Christine Guibert, lumières de Cyril Hames, avec Frédérique Lazarini, Lydia Nicaud, Melody Cremel, Stéphane Douret, Thomas Ganidel (ou Mathieu Wilhelm), Bernard Menez, Elisa Menez, Cédric Colas, Pierre-Thomas Jourdan, Kevin Dargaud, Sandra Emond, Michel Baladi.

Théâtre 14, tel : 01 45 45 49 77, jusqu’au 31 décembre (relâche le 24 décembre). (Durée : 1 h 50).

photo L. Lot

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