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Critiques / Théâtre

Notre parole de Valère Novarina

par Gilles Costaz

Vertige du verbe, des corps et de la vidéo

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Valère Novarina n’est pas un auteur banal. Sa parole au rythme galopant du marteau pilon, son cirque métaphysique, son équilibre vertigineux entre le temps originel et le temps d’aujourd’hui appellent peu de metteurs en scène, si ce n’est Novarina lui-même qui monte ses textes comme de magnifiques fresques aux mots explosifs. Cédric Orain est l’un des rares artistes qui, comme Claude Buchvald, met en scène cette langue et ces textes sans équivalents. Pour Notre parole, il a pris de grandes libertés puisqu’il ne s’attache pas à un livre mais compos une anthologie. Tout part d’un article que l’écrivain donna à Libération au moment de la première guerre du Golfe : il y dénonce la distorsion maladive de la parole, mais en poète - et il devait revenir souvent, dans d’autres textes, sur le carnaval télévisuel qui nous est régulièrement offert. Après ce premier écrit Orain fait défiler d’autres textes sur la parole, des inventaires (les oiseaux imaginaires) et emprunte beaucoup à L’Opérette imaginaire, qui est souvent une comédie du couple follement clownesque. C’est prophétique, et beaucoup plus amusant que peuvent le supposer les esprits chagrins.
Les trois acteurs évoluent dans un espace noir, où se placent et se déplacent deux immenses écrans sur roulettes. Les images que donnent ces écrans, peu écrasants (ils sont souvent vides) sont des vignettes à peine colorées et des formes abstraites : c’est l’actualité écrasée, comme reculée par l’excellente invention vidéo de Pierre Nouvel. Cécile Milliat Baumgartner déborde de fantaisie sans pourtant quitter un tracé rigoureux ; son numéro de danse en tutu rose sur un texte au vocabulaire chorégraphié devrait rester dans les anthologies de l’interprétation novarinienne. Rodolphe Poulain donne une puissance folle à ce langage et, comme sa partenaire, semble frapper, en clown qui ne rit pas, contre les énigmes de l’univers et de la vie, qui reculent, boxées par de tels athlètes du verbe. Olov Benestved intervient, lui, comme un prince de la nuit oeuvrant dans une discothèque où dansent les coprs et les concepts. Ce spectacle, d’abord créé à la Maison de la Culture d’Amiens, pousse le théâtre sur l’un de ses sommets aventureux.

Notre parole, texte de Valère Novarina, adaptation et mise en scène de Cédric Orain, scénographie et vidéo de Pierre Nouvel, lumière d’Eric Da Graca Neves, composition musicale de Manuel Peskine, costumes de Sophie Hampe, avec Céline Milliat Baumgartner, Olav Benestvedt
et Rodolphe Poulain.

Théâtre de la Cité internationale, 19 ou 20 h selon les jours, tél. : 01 43 13 50 60, jusqu’au 2 mars. (Durée : 1 h 15).

Photo DR.

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